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Agro-industrie : Au Cameroun, « Mâ Martha » mise sur la transformation des fruits locaux pour créer de la valeur

La transformation des productions agricoles apparaît comme l’un des leviers de diversification de l’économie camerounaise. C’est dans cette dynamique que s’inscrit « Mâ Martha », une marque de confitures portée par une entrepreneure de la diaspora, qui entend transformer mangues, ananas, papayes et autres fruits du terroir en produits à plus forte valeur ajoutée. Le projet, présenté au ministre du Commerce, veut également structurer des débouchés pour les producteurs et favoriser l’émergence de nouveaux métiers agroalimentaires.

La valorisation des fruits camerounais ne se joue plus uniquement dans les plantations. Elle se déplace progressivement vers les unités de transformation capables de convertir une matière première agricole souvent vendue à faible prix en produits finis destinés au marché national et, à terme, à l’exportation. C’est sur ce créneau que se positionne « Mâ Martha », une maison de créations fruitières fondée par Frédérique Zam-Ntolo, entrepreneure camerounaise établie en France. La promotrice a présenté son projet au ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, lors d’une audience tenue le 5 octobre 2026 à Yaoundé.

De la matière première agricole au produit fini

La stratégie de la marque repose sur une idée simple : associer des fruits produits localement à des épices emblématiques du Cameroun pour fabriquer des confitures différenciées. La gamme comprend notamment une préparation à base de mangue et de poivre de Penja, une autre associant l’ananas au gingembre, ainsi qu’une recette à base de papaye et de mandarine. Au-delà de l’originalité des mélanges, le modèle traduit une volonté de déplacer une partie de la valeur ajoutée vers l’aval de la chaîne agricole. Pour les cadres économiques, cette transformation constitue un enjeu majeur dans un pays où une part importante du potentiel agricole reste commercialisée sous forme brute. Le choix de recettes allégées en sucre et le conditionnement en pots de 350 et 50 grammes visent par ailleurs plusieurs segments de consommateurs. Cette diversification des formats peut faciliter l’accès à différents niveaux de pouvoir d’achat, tout en ouvrant des débouchés dans les circuits de distribution modernes, l’hôtellerie-restauration et potentiellement les marchés extérieurs.

La saisonnalité comme modèle d’approvisionnement

L’une des particularités revendiquées par « Mâ Martha » réside dans son organisation autour des cycles agricoles. Les collections Harmattan, Émergence, Lumière et Abondance doivent ainsi évoluer au rythme des disponibilités de fruits. Ce choix rompt avec une logique industrielle reposant sur une production uniforme tout au long de l’année. Il pourrait surtout contribuer à rapprocher l’entreprise des bassins de production et à créer des débouchés plus prévisibles pour les exploitants. L’entreprise ambitionne ainsi de construire une relation plus structurée avec les fournisseurs de matières premières. Une telle démarche pourrait favoriser l’amélioration de la qualité, la contractualisation et, à terme, une meilleure planification des volumes.

L’emballage au cœur de la compétitivité

Autre axe du projet : la réutilisation des contenants grâce à un système de consigne. Inspiré de pratiques déjà répandues dans le secteur des boissons, ce dispositif doit permettre de réduire les coûts liés aux emballages et de limiter la production de déchets. Dans l’agroalimentaire, cette question n’est pas secondaire. Le coût du conditionnement pèse directement sur le prix final et peut réduire la compétitivité des productions locales face aux produits importés. La maîtrise de cette composante pourrait donc constituer un avantage pour une jeune marque cherchant à atteindre rapidement une clientèle plus large. Cette approche devra toutefois s’accompagner d’un dispositif rigoureux de collecte, de lavage et de contrôle sanitaire des contenants pour préserver la qualité et la conformité des produits.

Un projet aligné sur l’import-substitution

Le positionnement de « Mâ Martha » intervient dans un contexte où le Cameroun cherche à renforcer la transformation locale et à réduire sa dépendance à l’égard des produits alimentaires importés. La SND30 fait de la transformation structurelle de l’économie, de l’industrialisation et de la valorisation des ressources locales des priorités. Dans cette perspective, le développement d’une industrie fruitière nationale peut répondre simultanément à plusieurs objectifs : créer des emplois, élargir l’offre de produits fabriqués localement et développer de nouveaux débouchés pour l’agriculture. Le potentiel dépasse donc le seul marché de la confiture. La maîtrise progressive des procédés de transformation pourrait permettre d’élargir la gamme vers les compotes, purées, nectars, fruits séchés ou autres préparations alimentaires.

La diaspora comme relais d’investissement

Le projet présente également une dimension particulière : celle du retour de compétences et de capitaux de la diaspora vers l’économie productive. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu consiste désormais à transformer cet intérêt entrepreneurial en investissements durables, capables de créer des emplois et de diffuser des savoir-faire. La promotrice souhaite notamment former de jeunes Camerounais aux métiers de la transformation fruitière. Cette composante pourrait contribuer à l’apparition d’une main-d’œuvre spécialisée dans un segment encore peu industrialisé. À l’issue de la présentation, le ministre du Commerce a assuré la promotrice du soutien et de l’accompagnement institutionnel du Gouvernement. Pour « Mâ Martha », la prochaine étape sera surtout de démontrer que le concept peut franchir le cap artisanal pour atteindre une véritable échelle industrielle.

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