Ressources stratégiques : IRH veut ajouter le titane mozambicain à son portefeuille minier africain
Après le cuivre zambien et l’étain congolais, International Resources Holdings (IRH) regarde désormais vers le Mozambique. Le groupe émirati a formulé une proposition préliminaire pour acquérir Kenmare Resources, exploitant de la mine de Moma. Si l’opération aboutit, elle confirmerait l’accélération de la stratégie minière d’Abou Dhabi en Afrique et son intérêt croissant pour des actifs déjà en production.

Le groupe émirati International Resources Holdings poursuit son expansion dans le secteur minier africain. Après avoir pris position en Zambie et en République démocratique du Congo (RDC), l’investisseur s’intéresse désormais au Mozambique, avec une proposition visant Kenmare Resources, société britannique cotée à Londres et propriétaire de la mine de Moma. L’annonce, faite le 6 octobre par Kenmare, ne préjuge toutefois pas de la conclusion de la transaction. La proposition reçue d’IRH reste non contraignante et les discussions entre les deux parties se poursuivent. Le groupe dispose jusqu’au 17 novembre pour confirmer son intention de déposer une offre ferme ou se retirer du processus.
Le mouvement s’inscrit dans une trajectoire relativement claire. IRH privilégie jusqu’ici des actifs miniers existants, capables de générer rapidement de la production et des revenus, plutôt que de concentrer son exposition sur des projets encore largement dépendants du financement et du développement des infrastructures. Cette approche s’est matérialisée en 2024 avec l’acquisition de 51 % de Mopani Copper Mines en Zambie. L’année suivante, IRH a renforcé sa présence en Afrique centrale en prenant une participation de 56 % dans Alphamin Resources, exploitant de la mine de Bisie, en RDC, pour un montant supérieur à 300 millions de dollars. Avec Moma, le groupe changerait cependant de profil de ressources. La mine mozambicaine produit principalement de l’ilménite et du rutile, deux minerais contenant du titane, ainsi que du zircon. Elle produit également de faibles volumes de monazite, associée aux terres rares.
Le titane, nouvel enjeu de souveraineté industrielle
Le titane entre notamment dans la production de dioxyde de titane, utilisé dans les peintures, les cosmétiques et certains produits pharmaceutiques. Sous forme d’alliages, il trouve également des applications dans l’aéronautique et le spatial. Le zircon intervient pour sa part dans les matériaux réfractaires et plusieurs industries à forte intensité technologique. Cette diversification pourrait ainsi permettre à IRH de construire un portefeuille couvrant plusieurs minerais critiques, tout en réduisant sa dépendance à une seule matière première. Une logique particulièrement importante dans un marché mondial où les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais stratégiques.
L’éventuelle acquisition de Kenmare illustre également une tendance plus large : l’arrivée de capitaux du Golfe dans les ressources naturelles africaines. Pour les investisseurs disposant d’importantes capacités financières, les mines déjà en exploitation présentent l’avantage de réduire une partie des risques associés à la mise en valeur des gisements. Moma offre précisément ce profil. L’exploitation dispose déjà d’infrastructures, d’une expérience opérationnelle et de réserves permettant d’envisager une longue durée de production. Pour IRH, l’enjeu serait alors moins de découvrir un gisement que d’optimiser un actif existant, d’en prolonger la durée de vie et de maximiser sa contribution aux chaînes mondiales d’approvisionnement.



