A la UneAgribusiness

ENQUÊTE · FILIÈRE · PRODUCTEURS : Lisette Claudia TAME NJAMBE et le pari des petits producteurs

Derrière les usines de Mbankomo, Ngolambélé et Bandenkop, il y a des milliers de producteurs locaux, cacaoculteurs, maïsiculteurs, éleveurs. Enquête sur le modèle d'achat direct mis en place par Lisette Claudia TAME NJAMBE, et sur ce qu'il change, concrètement, pour ceux qui cultivent la matière première.

Dans les zones rurales de production de cacao du Centre et de l’Est camerounais, le prix payé aux planteurs a longtemps fluctué selon des logiques que peu d’entre eux maîtrisaient réellement : cours mondiaux, spéculation, intermédiaires multiples entre le champ et l’acheteur final. Un planteur du bassin de Ngolambélé décrit une époque où le prix pouvait varier du simple au double entre deux campagnes, sans qu’aucune explication claire ne lui soit jamais donnée.

Depuis qu’Africa Processing Company SA achète directement une partie de sa récolte, il évoque un changement tangible : un acheteur local, identifiable, avec lequel la relation se construit dans la durée plutôt qu’au hasard d’une transaction ponctuelle. Le prix proposé n’est plus soumis aux mêmes à coups. Il permet, dit-il, de planifier ses dépenses de la campagne suivante avec davantage de certitude.

Des matières premières multiples, des filières multiples

L’ouverture de DENKY, à Bandenkop, a élargi ce modèle de relation directe au-delà du seul cacao. L’usine transforme aujourd’hui du maïs, des fruits, de la pomme de terre, du plantain, du sucre et de la viande porcine, provenant en priorité des producteurs de la région de l’Ouest. Un producteur de maïs de l’arrondissement de Bangou raconte avoir, pour la première fois, un débouché industriel stable à proximité immédiate de son champ, là où il devait auparavant transporter sa récolte vers des marchés plus éloignés, avec les pertes et les coûts logistiques que cela impliquait.

Cette diversification des matières premières transformées multiplie le nombre de filières concernées et, par conséquent, le nombre de producteurs directement associés à la chaîne de valeur de l’entreprise. Des éleveurs de porcs aux cultivateurs de plantain, en passant par les producteurs de canne à sucre, chacun se retrouve, à des degrés divers, intégré à un système d’approvisionnement que l’entreprise entend structurer sur le long terme plutôt que de le laisser à la merci d’achats opportunistes.

« Un acheteur qui revient chaque saison vaut mieux qu’un acheteur qui paie mieux une seule fois. »

Ce que l’intégration verticale change pour le producteur

Sur le plan strictement économique, la logique défendue par Lisette Claudia TAME NJAMBE est celle d’une chaîne de valeur intégrée, de la fève ou de l’épi jusqu’au produit fini vendu en boutique. Pour l’entreprise, cette intégration garantit une traçabilité indispensable à l’obtention des certifications exigées par les marchés d’exportation. Pour le producteur, elle se traduit, selon les témoignages recueillis sur le terrain, par une relation moins précaire : un acheteur qui revient, saison après saison, plutôt qu’un intermédiaire de passage.

Cette stabilité ne transforme pas, à elle seule, les conditions de vie des producteurs concernés. Les responsables de la filière au sein de l’entreprise reconnaissent que le chemin est encore long, et que l’ambition affichée de couvrir davantage de bassins de production suppose des investissements constants en matière de logistique de collecte et d’accompagnement technique des planteurs. Mais le mouvement engagé, disent-ils, va dans un seul sens : rapprocher le lieu de transformation du lieu de production, pour que la valeur ajoutée cesse de se créer ailleurs qu’au Cameroun.

Un pari qui grandit avec chaque usine

Chaque nouvelle unité industrielle ouverte par Lisette Claudia TAME NJAMBE élargit mécaniquement le nombre de producteurs concernés par ce modèle d’achat direct. De Mbankomo à Ngolambélé, puis de Ngolambélé à Bandenkop, la logique reste la même : identifier les ressources agricoles locales disponibles en abondance, et construire, autour d’elles, une relation d’achat stable plutôt qu’une simple extraction ponctuelle de matière première.

Pour les producteurs qui témoignent, le pari n’est pas encore gagné partout, ni pour tout le monde. Mais il a, disent-ils, changé quelque chose d’essentiel : la certitude qu’une récolte, une fois produite, trouvera un acheteur fiable, à proximité, prêt à revenir l’année suivante. Dans des régions rurales où l’incertitude est souvent la règle, cette seule certitude pèse déjà, à sa mesure, dans la vie quotidienne de plusieurs milliers de familles.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 - 3 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page