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Faim et pauvreté : Les partenaires internationaux veulent coordonner leurs financements dès 2027

Réunis à Bangkok, des États, des banques multilatérales de développement et des organisations philanthropiques préparent un dispositif commun destiné à mieux orienter les ressources vers les programmes de protection sociale. L’initiative entend rapprocher les financements extérieurs des priorités nationales, réduire les doublons et renforcer l’impact des dépenses consacrées à la lutte contre la faim et la pauvreté, sans créer un nouveau fonds.

La lutte contre la faim et la pauvreté nécessite davantage qu’une mobilisation de ressources financières : elle suppose aussi une meilleure organisation des financements disponibles. C’est dans cette perspective que plusieurs membres de l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté ont annoncé, le 12 octobre 2026 à Bangkok, en Thaïlande, une feuille de route pour élaborer et tester un cadre de financement collaboratif. L’annonce a été faite en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), lors d’une rencontre organisée conjointement par le Brésil et l’Espagne. L’objectif est de rapprocher les interventions des gouvernements, des banques multilatérales de développement et des partenaires philanthropiques, afin de soutenir plus efficacement les politiques nationales de protection sociale. Le dispositif envisagé doit permettre de mieux articuler les financements existants, depuis les premières aides à la conception des programmes jusqu’aux investissements de plus grande ampleur.

Une plateforme pour rapprocher les bailleurs de fonds

La première composante opérationnelle de cette démarche a été lancée le 12 octobre. Il s’agit d’un espace consacré à la protection sociale au sein de la plateforme mondiale de cofinancement collaboratif des banques multilatérales de développement, hébergée par la Banque mondiale. Cet outil doit notamment faciliter l’identification de projets susceptibles de bénéficier de financements conjoints. Il cible en priorité les programmes de protection sociale suffisamment avancés pour attirer des investissements plus importants. En réunissant les possibilités de financement dans un espace commun, les partenaires espèrent améliorer la visibilité des projets et simplifier la recherche de ressources complémentaires.

Pour Mamta Murthi, vice-présidente chargée des populations au sein du Groupe de la Banque mondiale, cette évolution marque un élargissement de la coopération financière internationale. Jusqu’ici davantage tournée vers les infrastructures physiques, la plateforme s’ouvre désormais aux investissements dans le capital humain. La démarche répond à une difficulté persistante des politiques de développement : des ressources peuvent être disponibles auprès de plusieurs institutions sans être mobilisées de manière suffisamment cohérente autour d’un même programme. La multiplication des procédures, des calendriers budgétaires et des exigences de reporting peut également ralentir l’exécution des projets.

Des financements adaptés à chaque étape des programmes

Le projet de cadre de financement collaboratif, désigné par son sigle anglais CFF (Collaborative Financing Framework), doit compléter la plateforme consacrée à la protection sociale. Sa particularité est de chercher à intervenir aussi en amont des projets, lorsque les gouvernements ont encore besoin de subventions d’amorçage pour concevoir leurs programmes, renforcer leurs capacités administratives et réunir les données nécessaires à leur financement à long terme.

Cette articulation doit permettre de combiner plusieurs instruments selon les besoins. Les premières subventions pourraient ainsi préparer le terrain à des financements multilatéraux plus importants, auxquels s’ajouteraient les ressources mobilisées par les États eux-mêmes. Le dispositif entend également s’appuyer sur les cadres nationaux intégrés de financement du développement, connus sous l’acronyme INFF. Ces mécanismes visent à organiser les différentes sources de financement autour des stratégies de développement des pays. Le recours éventuel à l’appui de la facilité INFF figure parmi les pistes envisagées.

Pour Ilan Goldfajn, président de la Banque interaméricaine de développement (BID), la réussite de cette approche dépendra autant de la coordination et de la qualité de l’exécution que des montants disponibles. Les premiers programmes pilotes devraient porter sur la protection sociale, l’inclusion économique et la résilience des populations. Les repas scolaires et les mécanismes de réponse aux chocs figurent parmi les domaines susceptibles d’être concernés.

Une réponse à la pression sur les budgets publics

Cette initiative intervient dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires sont limitées dans de nombreux pays, tandis que le poids de la dette réduit parfois les ressources disponibles pour les politiques sociales. Pour les promoteurs du projet, la coordination doit contribuer à éviter la dispersion des financements et à mieux utiliser les ressources concessionnelles, particulièrement importantes pour les pays disposant de capacités d’endettement limitées. Le Brésil a ainsi mis en avant la nécessité de rationaliser les ressources mobilisées et de développer des instruments adaptés aux priorités définies par les gouvernements. Parmi les pistes évoquées figurent les échanges de dette contre des investissements en faveur du développement, sous réserve de leur pertinence et de l’intérêt des partenaires concernés.

Le cadre envisagé ne prévoit toutefois pas la création d’un fonds supplémentaire. Il doit plutôt mettre en relation les mécanismes financiers, les enveloppes existantes et les projets déjà identifiés par les institutions participantes. Les ressources devraient continuer à transiter directement par les canaux de financement concernés vers les pays bénéficiaires ou leurs partenaires d’exécution. Cette architecture préserve l’autonomie des institutions : participer à la conception et à l’expérimentation du cadre ne constitue ni une promesse de financement ni une obligation de réserver des ressources. Chaque partenaire conservera la maîtrise de ses décisions financières et de ses procédures.

Les pays bénéficiaires au cœur du dispositif

La feuille de route prévoit de privilégier les plans nationaux comme base commune d’appréciation des besoins et des priorités. Les partenaires souhaitent clarifier leurs conditions de financement, harmoniser autant que possible les exigences de préparation des opérations et limiter la répétition des démarches de suivi et de compte rendu. Cette orientation est particulièrement importante pour les pays confrontés à des financements de courte durée ou difficiles à prévoir. En Somalie, Fardosa Abdullahi, responsable du programme Baxnaano, a notamment souligné les difficultés liées à l’instabilité des ressources et à la faible intégration du financement climatique dans les programmes de protection sociale.

Haïti défend également une approche plus cohérente entre les efforts budgétaires nationaux et l’appui des partenaires techniques et financiers. Pour son ministre de l’Économie et des Finances, Serge Collin, une meilleure cohésion entre les initiatives existantes pourrait favoriser l’obtention de résultats plus tangibles. À terme, le cadre pourrait dépasser le seul champ de la protection sociale. Les partenaires envisagent notamment d’examiner, avec les pays intéressés, le recours à des financements mixtes associant ressources publiques et capitaux privés, à des mécanismes de garantie pour le microcrédit ou à des investissements privés susceptibles de créer des activités génératrices de revenus pour les populations pauvres.

Ces possibilités restent à étudier et devront répondre aux priorités des pays concernés. Leur mise en œuvre dépendra notamment de la capacité des partenaires à définir des modalités communes sans alourdir les procédures existantes.

Un premier test attendu en 2027

La proposition doit encore être soumise aux orientations du conseil des champions de l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté. Le développement du dispositif et le lancement de ses premières expérimentations sont envisagés en 2027, avec un nombre limité de pays volontaires et de partenaires financiers. Un dialogue prévu à Wilton Park, au Royaume-Uni, au début de l’année 2027 doit permettre aux institutions participantes et aux responsables des pays concernés d’examiner les principales questions de conception et de fonctionnement.

La portée de l’initiative dépendra donc de sa capacité à transformer la coordination annoncée en résultats concrets : des financements mieux adaptés aux besoins nationaux, des programmes exécutés plus efficacement et un suivi plus clair de leur impact sur les conditions de vie. L’Alliance mondiale mise ainsi sur une meilleure articulation des ressources existantes plutôt que sur la création de nouveaux engagements financiers. Le défi sera de démontrer qu’une coopération plus étroite entre bailleurs, gouvernements et acteurs philanthropiques peut accélérer les progrès contre la faim et la pauvreté, malgré les contraintes budgétaires et la fragmentation persistante de l’aide internationale.

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