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Afrique subsaharienne : Le FMI pousse à élargir l’assiette fiscale pour desserrer l’étau de la dette

Face à la diminution de l’aide internationale et à l’alourdissement du service de la dette, le Fonds monétaire international (FMI) et les ministres africains des Finances plaident pour une mobilisation accrue des ressources intérieures. Avec des recettes fiscales équivalant à seulement 16,1 % du PIB en moyenne en 2023, le continent dispose encore d’importantes marges de progression, mais doit concilier rendement fiscal, équité et soutien à l’activité économique.

La fiscalité s’impose davantage comme un levier central du financement du développement en Afrique subsaharienne. Dans une déclaration publiée le 14 octobre 2026, à l’issue d’une réunion organisée en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, Seedy Keita, président du Groupe des gouverneurs africains et ministre gambien des Finances, et Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, ont appelé les gouvernements africains à moderniser leurs administrations fiscales et à améliorer le rendement de l’impôt.

Cette orientation répond à une contrainte budgétaire croissante : les États doivent financer les infrastructures, les services sociaux et l’adaptation au changement climatique, alors que les ressources extérieures deviennent moins accessibles et que le remboursement de la dette absorbe une part grandissante des recettes publiques. La déclaration ne fixe toutefois aucun objectif quantifié de progression des prélèvements obligatoires. Elle privilégie une transformation des systèmes fiscaux, fondée sur l’élargissement de l’assiette, l’amélioration du recouvrement et une répartition plus équitable de la charge fiscale.

Un potentiel fiscal encore largement inexploité

Les données de l’édition 2025 des Statistiques des recettes publiques en Afrique, élaborées par l’OCDE, la Commission de l’Union africaine et le Forum africain sur l’administration fiscale (ATAF), illustrent l’ampleur du défi. En 2023, les recettes fiscales représentaient 16,1 % du PIB des 38 pays couverts par cette publication, contre 33,9 % dans les pays de l’OCDE.

Malgré une progression de 1,4 point en dix ans, l’écart demeure considérable. Le ratio africain reste également inférieur à ceux de l’Asie-Pacifique, à 19,6 %, et de l’Amérique latine et des Caraïbes, à 21,3 %. Plus révélateur encore, 20 des 38 pays étudiés collectaient moins de 15 % de leur PIB sous forme d’impôts et de taxes. Les disparités entre pays témoignent de situations économiques et institutionnelles très différentes. Le ratio allait de 2,9 % en Somalie à 34 % en Tunisie. Dans les espaces régionaux, les recettes fiscales représentaient en moyenne 13,9 % du PIB dans la CEDEAO, 13,8 % dans la Communauté d’Afrique de l’Est et 13,2 % dans la CEEAC.

La dette réduit les marges de manœuvre budgétaires

La pression fiscale intervient dans un environnement marqué par la fragilité des finances publiques. Dans ses Perspectives économiques régionales d’avril 2025, le FMI estimait que plus d’un tiers des pays d’Afrique subsaharienne étaient déjà en situation de surendettement ou présentaient un risque élevé de le devenir. La hausse des taux d’intérêt effectifs renchérit le coût du financement, tandis que le recul de l’aide publique au développement accentue les besoins de financement intérieur. Selon les projections du Fonds publiées en octobre 2025, les budgets d’aide bilatérale devaient diminuer de 16 % à 28 % en 2025, soit une perte estimée entre 4 et 7 milliards de dollars. En 2024, cette aide représentait près de 3 % du PIB régional.

Dans certains pays, notamment la République centrafricaine, le Soudan du Sud et le Niger, les pertes potentielles d’aide pourraient dépasser 10 % des recettes publiques. Cette évolution renforce l’intérêt de la mobilisation fiscale, sans pour autant faire de l’impôt une réponse suffisante à tous les déséquilibres. Une augmentation des recettes peut contribuer à limiter le recours à l’endettement, mais ses effets dépendront aussi de la maîtrise des dépenses, de la qualité des investissements publics et de la transparence dans l’utilisation des fonds collectés.

Élargir l’impôt sans pénaliser l’activité

Le FMI et les gouverneurs africains défendent ainsi une approche associant efficacité du recouvrement et équité fiscale. L’enjeu consiste notamment à mieux intégrer les activités économiques encore peu couvertes par les dispositifs fiscaux, tout en évitant d’alourdir excessivement les prélèvements pesant sur les entreprises formelles et les ménages modestes. La déclaration insiste également sur la nécessité de mieux cibler les dépenses publiques afin de préserver les populations vulnérables. Elle maintient parallèlement l’appel à des financements internationaux abordables et à une assistance technique, signe que les ressources intérieures ne pourront pas répondre seules aux besoins du continent.

Une croissance de 4,5 % attendue en 2026

Malgré les incertitudes internationales et les répercussions de la guerre au Moyen-Orient, les signataires anticipent une croissance africaine de 4,5 % en 2026, contre une prévision de 4,2 % formulée lors des Réunions de printemps d’avril. L’inflation devrait revenir à 9,3 %, mais rester à un niveau élevé.

Les pays exportateurs de ressources naturelles pourraient bénéficier de l’amélioration de leurs termes de l’échange, tandis que d’autres économies disposeraient de marges budgétaires pour amortir les chocs. Ces perspectives restent néanmoins exposées à un durcissement des conditions financières mondiales et à des événements climatiques extrêmes.

Pour soutenir une croissance créatrice d’emplois, le FMI préconise aussi l’amélioration du climat des affaires, le développement des marchés financiers et la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Au-delà de la collecte fiscale, le défi est donc celui de la crédibilité budgétaire : les gouvernements devront démontrer que les ressources supplémentaires financent effectivement les priorités de développement. C’est à cette condition que l’élargissement de l’impôt pourra contribuer à réduire la dépendance aux financements extérieurs sans compromettre l’investissement privé ni le pouvoir d’achat.

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