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Secteur halieutique : Le Cameroun s’apprête à labelliser son trésor des mers

Le gouvernement camerounais s'est engagé dans un processus ambitieux pour faire de sa crevette une Indication Géographique Protégée (IGP). Cette démarche de labellisation internationale qui marque un tournant pour l’économie halieutique nationale, intervient dans un contexte où l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et ses partenaires ont le 14 octobre 2026 à Yaoundé, organisé un événement pour célébrer les acquis du programme FISH4ACP dans le développement durable de la filière crevettière du pays.

L’annonce officielle de l’éligibilité de la crevette camerounaise au statut d’Indication Géographique est l’un des acquis majeurs du programme FISH4ACP, une initiative de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP).  Financé par l’Union Européenne et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), mis en œuvre par la FAO. Le projet a tenu ses assises de clôture et de capitalisation à Yaoundé et affiche un diagnostic technique sans appel. Les caractéristiques uniques des crustacés capturés dans les eaux camerounaises, combinées au savoir-faire local, justifient pleinement l’octroi d’une IGP. La mise en place de la Plateforme Crevettes du Cameroun (PLACRECAM) en tant qu’organe interprofessionnel vient davantage structurer cette ambition en unissant les acteurs publics, privés et artisanaux.

Ce que gagne le Cameroun avec l’Indication Géographique

L’obtention d’un label IG répond à trois objectifs stratégiques majeurs pour le Cameroun. D’abord la reconquête des marchés premium internationaux. Car, suspendue d’exportation vers l’Union Européenne depuis 2009 en raison de lacunes sanitaires et d’hygiène, la filière crevette prépare activement son grand retour. Ainsi, l’IGP servira de gage de qualité absolue, facilitant l’accès aux marchés hautement exigeants d’Europe et d’Amérique du Nord.

Ensuite, la captation d’une plus-value financière constitue un autre pilier. Sur le marché mondial, un produit certifié « Indication Géographique » bénéficie d’une prime de prix substantielle. Au lieu de vendre une marchandise brute générique, le Cameroun vendra une origine, une histoire et une qualité supérieure. Enfin, l’obtention de l’indication géographique contribuera à accélérer la lutte contre la contrefaçon commerciale. En fait, protéger juridiquement l’appellation évite que des crevettes d’autres provenances ne soient frauduleusement vendues sous le label camerounais.

Une filière au poids économique colossal

La crevette est le principal produit halieutique exporté par le Cameroun. Sur la foi des études menées par le Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA) et la FAO : le potentiel exportable oscille entre 6 000 et 10 000 tonnes par an, bien que partagé entre la pêche industrielle et une pêche artisanale très active.

Du point de vue social, la filière fait vivre directement et indirectement plus de 200 000 personnes (dont 11 000 acteurs directs : pêcheurs, mareyeurs, transformateurs). Pour une chaîne de valeur générant des revenus annuels estimés à plus de 36 milliards de FCFA.

De la pirogue au laboratoire

Porté par quatre espèces phares notamment la crevette rose (Penaeus notialis), le gambas (Penaeus monodon), la crevette grise et la crevette tigrée. Le secteur crevettier camerounais fait face à une multitude de défis. Conséquence, plusieurs chantiers de modernisation sont en cours d’exécution.

Avec la mise progressive aux normes sanitaires, les capacités de l’antenne de Douala du Laboratoire national vétérinaire (LANAVET) ont été renforcées afin de garantir des contrôles bio-sanitaires irréprochables.

De plus, et afin d’éliminer les problèmes de conservation, de nouvelles unités de fabrication de glace sont déployées, notamment au bénéfice de la Mission de Développement de la Pêche Artisanale Maritime (MIDEPAC) à Kribi et Limbe. Une trajectoire que vient compléter la traçabilité numérique avec le lancement de l’application SIREN, un outil destiné à fluidifier et sécuriser la traçabilité des transactions commerciales du crustacé.

Un enjeu de souveraineté et de durabilité

Si la FAO confie qu’elle reste engagée à soutenir le gouvernement du Cameroun et ses partenaires dans la promotion de la pêche et de l’aquaculture durables, le renforcement des moyens de subsistance et le développement de chaînes de valeur générant des bénéfices durables pour le pays. Au-delà des bureaux d’enregistrement, la labellisation de la crevette camerounaise est un projet écologique et politique.

À cet effet, le pays a validé un plan d’aménagement des pêcheries pour éviter la surpêche et réguler un secteur encore fortement marqué par l’informel et les incursions étrangères non déclarées. L’idée étant de transformer ce produit vedette en Indication Géographique, offrir au monde un crustacé d’exception, tout en garantissant des revenus décents à tous les acteurs de la chaîne crevettière.

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