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ZTE Cameroon : 1,49 milliard de FCFA de pertes en 2024, les fragilités financières persistent

Malgré une progression de près de 71 % de son chiffre d’affaires, la filiale camerounaise de l’équipementier chinois a vu son déficit plus que doubler en 2024. Avec des capitaux propres négatifs et un marché public résilié, sa capacité à transformer la croissance commerciale en rentabilité reste une question centrale.

La croissance commerciale ne suffit pas toujours à garantir la solidité financière d’une entreprise. ZTE Cameroon en offre une illustration avec ses résultats de l’exercice 2024. D’après les données publiées le 28 février 2025 par sa maison mère, ZTE Corporation, la filiale a enregistré une perte nette de 17,72 millions de yuans, soit environ 1,49 milliard de FCFA, contre 711 millions de FCFA en 2023. Dans le même temps, son chiffre d’affaires a progressé de 70,9 %, à 1,74 milliard de FCFA. Cette évolution contradictoire met en évidence un déséquilibre entre l’expansion de l’activité et la maîtrise des coûts.

Une croissance des revenus sans amélioration de la rentabilité

Les performances commerciales affichées en 2024 n’ont pas produit les effets attendus sur le résultat net. La perte représente près de 86 % du chiffre d’affaires, contre environ 70 % un an plus tôt. Autrement dit, pour 100 FCFA de revenus générés, l’entreprise a accusé près de 86 FCFA de perte nette. L’aggravation du déficit, de 9,28 millions de yuans, dépasse même les revenus additionnels de 8,55 millions de yuans obtenus sur la période. Cette configuration peut traduire une structure de coûts particulièrement lourde, des charges exceptionnelles ou une faible marge sur les contrats exécutés. Toutefois, en l’absence de compte de résultat détaillé, aucune de ces hypothèses ne peut être considérée comme établie.

Des fonds propres passés dans le rouge

La situation patrimoniale renforce les interrogations. À fin décembre 2024, les actifs de ZTE Cameroon s’élevaient à 7,72 millions de yuans, contre 11,68 millions de yuans de passifs. L’écart fait ressortir des capitaux propres négatifs de 3,97 millions de yuans, soit environ 334 millions de FCFA, contre près de 92 millions de FCFA un an auparavant. Les actifs ont diminué de 27,5 %, tandis que les passifs sont restés presque stables. La filiale dispose ainsi d’un patrimoine comptable inférieur à ses obligations. Cette configuration constitue un signal de fragilité financière, sans suffire à démontrer une insolvabilité immédiate : une telle appréciation nécessiterait notamment de connaître les échéances des dettes, les disponibilités et les soutiens éventuels de la société mère.

Le contraste est notable avec son capital social déclaré de 480 millions de FCFA. Créée en mars 2016 à Yaoundé, ZTE Cameroon SARL est détenue à 100 % par ZTE Hong Kong, elle-même entièrement contrôlée par ZTE Corporation. Un autre élément mérite clarification : la perte nette de 2024 excède de 14,84 millions de yuans la dégradation des capitaux propres sur l’exercice. Des mouvements comptables ont donc pu intervenir, mais les informations publiées ne permettent pas d’en déterminer la nature. Des apports de l’actionnaire ou d’autres ajustements constituent des pistes à vérifier, et non des opérations établies.

Le dossier du réseau d’urgence fragilise la référence de l’entreprise

Les résultats de 2024 coïncident avec un revers dans la commande publique. Le 17 juillet de cette année-là, le ministère des Marchés publics a résilié le contrat conclu avec ZTE le 5 janvier 2017 pour la mise en œuvre du Réseau national des télécommunications d’urgence (RNTU). Selon le rapport annuel 2024 de l’Agence de régulation des marchés publics, la décision fait suite au non-respect des clauses contractuelles, à des réserves techniques non levées, à des prestations non exécutées et à l’abandon du projet. Le tableau des sanctions mentionne une exclusion initialement fixée du 17 juillet 2024 au 17 juillet 2026.

Le registre actualisé de l’ARMP affiche cependant une période allant du 12 août 2026 au 12 août 2028, sans identifier, dans les informations disponibles, un nouvel acte de sanction pris en 2026. Cette différence de calendrier appelle une clarification administrative, distincte de la question des performances financières de la filiale. Le projet bénéficie d’un financement chinois. Un décret du 17 octobre 2013 avait autorisé un emprunt de 155,55 millions de dollars auprès d’Eximbank-Chine, soit 77,775 milliards de FCFA à l’époque, pour financer partiellement le RNTU. Cette somme correspond au prêt autorisé et ne constitue pas, en elle-même, la valeur du marché attribué à ZTE.

Les perspectives commerciales restent à convertir en résultats

En février 2025, ZTE avait également annoncé un dispositif collectif de garanties de bonne exécution pouvant atteindre 100 millions de dollars pour neuf filiales africaines et hongkongaises intervenant dans des projets de MTN. Le groupe a précisé dans son rapport annuel 2025, publié en mars 2026, que cette garantie n’était toujours pas entrée en vigueur au 31 décembre 2025. Aucun montant spécifique au Cameroun n’a été communiqué. Le même rapport signale une progression des parts de marché de ZTE dans les équipements de réseaux mobiles au Cameroun en 2025, sans en chiffrer l’ampleur ni publier les résultats financiers de la filiale pour cet exercice.

Le principal indicateur à surveiller reste donc la capacité de ZTE Cameroon à restaurer ses fonds propres, à maîtriser ses charges et à dégager des flux de trésorerie positifs. Tant que les comptes détaillés de 2025 ne seront pas disponibles, l’amélioration commerciale annoncée ne permettra pas de conclure à un redressement financier. Pour un fournisseur d’infrastructures opérant sur des marchés publics et auprès d’opérateurs télécoms, la crédibilité contractuelle et la solidité du bilan demeurent aussi déterminantes que la conquête de parts de marché.

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