Hydrocarbures et engrais : Le Cameroun relance des projets stratégiques face aux tensions internationales
La montée des tensions entre Washington et Téhéran ravive au Cameroun des ambitions industrielles longtemps différées. Entre réhabilitation de la Sonara, nouvelles raffineries et production locale d’engrais, Yaoundé cherche à réduire sa vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Les soubresauts géopolitiques au Moyen-Orient agissent comme un électrochoc pour l’économie camerounaise. Dans une récente analyse, le ministère des Finances met en lumière les répercussions du bras de fer entre les États-Unis et l’Iran : perturbations logistiques, renchérissement des hydrocarbures et flambée des prix des intrants agricoles. Une équation qui pousse les autorités à revisiter des projets industriels restés en suspens.
Au cœur des recommandations figure la remise en état de la Société nationale de raffinage, à l’arrêt depuis l’incendie de 2019. L’option d’une reconstruction complète reste également envisagée. Fin 2025, un programme budgétisé à près de 292 milliards de FCFA a été validé pour accélérer la restructuration et relancer les activités dans un délai de deux ans. Mais sur le terrain, les travaux peinent encore à démarrer.
Dans ce paysage incertain, une initiative privée-publice pourrait changer la donne. À Kribi, un projet porté par un consortium associant acteurs nationaux et partenaires internationaux prévoit la construction d’une raffinerie capable de traiter 30 000 barils par jour à partir de 2027. Une phase anticipée vise même une production partielle dès 2026, susceptible de couvrir une part significative de la demande nationale en carburants.
Autre chantier jugé crucial : la production locale d’engrais. Le Cameroun, fortement dépendant des importations, subit de plein fouet la volatilité des prix internationaux. Pourtant, plusieurs projets annoncés depuis plus d’une décennie restent à l’état de promesses. Des initiatives privées, notamment dans les régions du Littoral et du Sud-Ouest, ambitionnent de combler ce déficit, tandis que l’État a également évoqué la construction d’une unité industrielle à Douala. Malgré ces annonces répétées, aucune infrastructure majeure n’est encore sortie de terre.
Derrière ces projets se dessine une ambition claire : renforcer la résilience de l’économie nationale face aux crises extérieures. Le pari est audacieux, mais les retards accumulés interrogent sur la capacité du pays à concrétiser rapidement ces infrastructures. Dans un contexte international instable, le Cameroun se trouve à la croisée des chemins. Transformer ces intentions en réalisations concrètes pourrait bien faire la différence entre dépendance persistante et véritable souveraineté industrielle.



