Industrialisation : Le futur pôle industriel du Port de Douala-Bonabéri entre dans sa phase concrète
À Missolè 1, dans l’arrondissement de Dibamba, le projet de Zone d’Activités Industrialo-Portuaires de la Dibamba (ZAIPD) commence à prendre une dimension opérationnelle. Visité le 24 septembre par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, ce futur complexe de 500 hectares doit rapprocher production industrielle, logistique et activités portuaires. Avec 230 milliards de FCFA d’investissement projeté et jusqu’à 15 000 emplois directs attendus, le site entend contribuer à la décongestion de Douala tout en renforçant les capacités industrielles du principal pôle économique du Cameroun.

Le déplacement du Premier ministre à Missolè 1 intervient alors que le projet franchit une nouvelle étape dans sa concrétisation. Porté par le groupe Arise Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), dans le cadre d’un partenariat avec le Port autonome de Douala (PAD), le programme vise à créer un espace industriel directement articulé aux infrastructures portuaires et aux principaux corridors de transport. Le projet trouve son origine dans une réflexion engagée depuis 2011, avant de connaître une accélération avec la pose de la première pierre en juillet 2025. Le contrat prévoit notamment la conception, le financement, l’aménagement, la gestion et la maintenance de la zone. Cette configuration traduit une évolution de la stratégie portuaire : il ne s’agit plus seulement d’augmenter les capacités de traitement des marchandises, mais également de rapprocher les fonctions logistiques des activités de transformation.
500 hectares pour rapprocher industrie et logistique
La ZAIPD devrait s’étendre sur environ 500 hectares. Quelque 350 hectares seront consacrés à une plateforme industrielle intégrée, tandis qu’environ 120 hectares seront réservés à une zone logistique multimodale. Cette organisation peut répondre à l’un des principaux défis de la compétitivité camerounaise : le coût de la logistique entre le port, les zones de stockage et les unités de production. En concentrant ces fonctions sur un même espace, le projet pourrait réduire certaines ruptures de charge et favoriser une meilleure circulation des intrants et des produits finis. L’enjeu dépasse donc la création d’une nouvelle zone industrielle. La ZAIPD est conçue comme un maillon supplémentaire de la chaîne portuaire de Douala, avec l’objectif de connecter plus efficacement le port à son hinterland et aux activités économiques qui en dépendent.
Un corridor pour réduire la pression sur Douala
L’un des éléments structurants du projet concerne la création d’une liaison d’environ 2,5 kilomètres entre le réseau routier et le fleuve Dibamba. Cette infrastructure doit offrir une alternative logistique au transport routier classique et faciliter l’acheminement des marchandises vers la zone. Selon les données communiquées autour du projet, ce dispositif pourrait contribuer à détourner environ 500 poids lourds du réseau urbain de Douala. Un effet qui présente un intérêt économique autant qu’urbain, dans une métropole où la congestion routière pèse sur les délais de livraison, la consommation de carburant et, par ricochet, les coûts supportés par les entreprises. La connexion au fleuve constitue ainsi un pari sur la multimodalité. Pour les économistes, sa pertinence dépendra toutefois de la capacité à assurer une articulation efficace entre transport routier, fluvial et infrastructures portuaires.
230 milliards de FCFA et 15 000 emplois en ligne de mire
À terme, l’investissement attendu atteint environ 230 milliards de FCFA. La zone ambitionne également de générer près de 15 000 emplois directs. La première phase opérationnelle est annoncée pour le troisième trimestre 2027, avec l’objectif d’accueillir les premières productions industrielles. Au-delà des emplois, l’enjeu principal réside dans la capacité du site à attirer des entreprises capables de transformer localement les matières premières et de développer des chaînes de valeur. L’implantation d’industries à proximité des infrastructures logistiques peut en effet favoriser la réduction des coûts d’approvisionnement et améliorer l’accès aux marchés régionaux.
La ZAIPD s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de transformation du complexe portuaire de Douala-Bonabéri. Le port cherche progressivement à élargir son rôle traditionnel de plateforme de transit pour devenir davantage un point d’appui à l’industrialisation.
La réussite du projet dépendra désormais de plusieurs facteurs : la réalisation effective des infrastructures, l’arrivée des investisseurs industriels, la qualité des connexions multimodales et la capacité de la zone à produire des gains logistiques mesurables. C’est à cette condition que les 500 hectares de Dibamba pourront se transformer en véritable plateforme industrielle au service de la compétitivité de l’économie camerounaise.



