Infrastructures portuaires : 50 milliards de FCFA pour doter le port de Kribi d’un terminal agro-industriel
Le Port autonome de Kribi et KOGT S.A prévoient la construction d’une plateforme logistique de 9,2 hectares destinée aux produits agricoles et agro-industriels. Attendue à partir de 2029, cette infrastructure doit renforcer les capacités de stockage, faciliter le traitement des marchandises et améliorer la desserte des industries, dans un contexte où la compétitivité logistique pèse sur les coûts de production et d’approvisionnement.

Le complexe industrialo-portuaire de Kribi s’apprête à accueillir un nouvel investissement dans la chaîne logistique des produits agricoles et agro-industriels. Le 9 octobre 2026, le Port autonome de Kribi (PAK) et Kribi Oil and Grain Terminal (KOGT S.A.) ont signé un mémorandum d’entente pour le développement d’un terminal spécialisé dont le coût prévisionnel est estimé à 50 milliards de FCFA. Le projet associe des entreprises camerounaises, suisses et turques, avec l’appui de BGFIBank Cameroun pour la structuration financière et la coordination des financements. Au-delà de la construction d’équipements de stockage, cette initiative vise à élargir les fonctions économiques du port en intégrant davantage d’opérations logistiques nécessaires à l’approvisionnement des industries. Elle s’inscrit dans la perspective d’une diversification des activités de Kribi, au-delà du seul transit maritime des marchandises.
Une capacité de stockage de 102 000 tonnes
La future infrastructure occupera une superficie de 9,2 hectares sur la plateforme portuaire. Elle bénéficiera des installations maritimes du PAK, notamment d’un quai en eau profonde permettant d’accueillir des navires d’une capacité pouvant atteindre 50 000 tonnes. La composante céréalière constituera l’un des principaux équipements du projet. Elle comprendra 17 silos de 6 000 tonnes chacun, soit une capacité cumulée de 102 000 tonnes. À cela s’ajouteront deux blocs d’entrepôts totalisant quatre espaces de 5 000 m², avec une capacité annoncée de 30 000 à 40 000 palettes.
Le dispositif intégrera également un laboratoire de contrôle de la qualité, une tour de manutention, un parking pouvant accueillir entre 120 et 150 camions, une station-service logistique et des installations dédiées à la maintenance. Cette configuration doit permettre de regrouper plusieurs opérations sur un même site, depuis la réception des marchandises jusqu’à leur stockage et leur acheminement. Pour les opérateurs économiques, l’enjeu est de réduire les ruptures de charge et les délais d’attente, deux facteurs susceptibles d’alourdir les coûts de transport et d’immobilisation des marchandises.
La compétitivité logistique comme enjeu industriel
Dans les économies où les approvisionnements industriels dépendent des importations, les infrastructures portuaires jouent un rôle qui dépasse la seule manutention des cargaisons. Les capacités de stockage, la disponibilité des moyens de transport et la rapidité des opérations influencent directement les coûts supportés par les entreprises. Le terminal projeté à Kribi pourrait ainsi offrir aux importateurs de céréales et aux opérateurs agro-industriels une solution intégrée pour organiser leurs flux de marchandises. Une meilleure rotation des navires et des camions contribuerait également à limiter les immobilisations logistiques.
Un investissement de 50 milliards de FCFA à financer
Le coût prévisionnel du projet atteint 50 milliards de FCFA, dont 20 % devraient être apportés sous forme de fonds propres par les promoteurs, soit 10 milliards de FCFA. Le solde, correspondant à 40 milliards de FCFA, devra être couvert par d’autres ressources de financement, selon le montage qui sera finalisé. BGFIBank Cameroun intervient comme partenaire bancaire pour structurer l’opération et coordonner les financements. La mise en place de ces ressources est prévue sur une période de 24 mois. Le calendrier annoncé table sur un démarrage des travaux à partir de 2027, pour une mise en service en 2029.
Le projet doit être développé dans le cadre d’une autorisation d’occupation temporaire de 20 ans renouvelable, accordée par le PAK. Sa réalisation reste néanmoins conditionnée à l’aboutissement des procédures techniques, administratives, financières et réglementaires. La mobilisation effective des capitaux constituera donc une étape déterminante. Dans les projets d’infrastructures, le respect du calendrier dépend notamment de la disponibilité des financements, de la maîtrise des coûts de construction et de la capacité à coordonner les différents intervenants.
Jusqu’à 800 emplois pendant les travaux
Les retombées attendues concernent également le marché du travail. Selon les projections communiquées par les promoteurs, la phase de construction pourrait générer entre 600 et 800 emplois, tandis que l’exploitation du terminal devrait mobiliser près de 200 personnes. Des activités indirectes sont également attendues dans le transport routier, la manutention, la maintenance et les services associés. Leur ampleur dépendra toutefois du niveau d’activité réel de la plateforme et de la participation des entreprises locales aux marchés générés par le projet.
Le renforcement des capacités de stockage pourrait, par ailleurs, contribuer à sécuriser les approvisionnements en produits agricoles et en intrants destinés aux industries. Cet objectif présente un intérêt pour le Cameroun et, potentiellement, pour les marchés de la sous-région.
Reste que la contribution du terminal à la sécurité alimentaire dépendra aussi de la nature des produits traités, de leur destination et de leur accessibilité économique. L’infrastructure constitue ainsi un outil logistique dont les effets devront être appréciés à l’aune des flux effectivement traités. Avec cet investissement annoncé de 50 milliards de FCFA, Kribi poursuit l’élargissement de son offre logistique. Le principal enjeu sera désormais de transformer les capacités projetées en services compétitifs, capables de répondre durablement aux besoins des importateurs, des industriels et des opérateurs du commerce régional.



