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Corruption au Cameroun : Les CTD, l’aile radicale qui s’oppose à la Conac

Le 08 octobre 2026 à Yaoundé, la Commission Nationale Anti-Corruption du Cameroun (CONAC) a publié son rapport 2025 sur l'état de la corruption au Cameroun. Si le document révèle un préjudice financier évalué à 6,2 milliards de FCFA pour l'année sous-revue. Un angle mort de taille subsiste : le boycott quasi systématique des collectivités territoriales décentralisées face aux appels à contribution de la Conac.

Le déficit persistant de redevabilité des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) paralyse davantage la transparence budgétaire au Cameroun. C’est le constat alarmant qui se dégage du 15e rapport sur l’état de la lutte contre la corruption, présenté par le président de la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), le Révérend Docteur Dieudonné Massi Gams. Alors que le préjudice financier est reparti à la hausse, soit 2,2 milliards FCFA de plus par rapport aux 4,06 milliards de FCFA de l’exercice 2024. Sur le terrain de la décentralisation, la résistance administrative prend désormais les traits d’une véritable aile radicale.

Le grand boycott des communes et des régions

Pour élaborer son rapport annuel, la Conac s’appuie statutairement sur les données fournies par les institutions publiques, qui recensent leurs actions de contrôle et de transparence. Or, le document publié met en lumière un clivage béant : sur les 384 collectivités territoriales décentralisées que compte le Cameroun, seules 12 ont daigné transmettre leur rapport d’activités, soit 6 de plus par rapport à 2024. Si le nombre de CTD collaborant semble avoir doublé, le ratio de réponse reste tout de même dérisoire et affiche moins de 5 %. Une situation qui s’apparente beaucoup à un boycott délibéré.  D’ailleurs pour les observateurs, en boudant massivement la main tendue de l’instance anti-corruption, les magistrats municipaux et les exécutifs régionaux s’érigent en zone d’ombre institutionnelle. Une posture de mutisme qui prive ainsi la Conac d’une visibilité réelle sur la gestion locale, alors même que les budgets transférés par Yaoundé vers les régions et les communes ne cessent de croître.

Les CTD au cœur de la tempête

Loin d’être d’irréprochables élèves marginalisés par la paperasse administrative, les collectivités territoriales décentralisées figurent parmi les secteurs les plus vulnérables et les plus décriés en matière de corruption. Les précédents rapports de la Commission indexant sans équivoque comme en 2025, les collectivités territoriales, les marchés publics, le foncier et les régies financières comme les épicentres d’une corruption galopante.

Cependant derrière la résistance à l’évaluation, se trouve des pratiques locales bien ancrées comme l’opacité des marchés publics locaux. Lesquels sont davantage ponctués par des passations de gré à gré injustifiées des chantiers fictifs ou abandonnés. Par ailleurs, l’on identifie la gestion foncière et domaniale comme partie prenante. Ici, les spoliations, es doubles immatriculations et les détournements d’indemnisations ont fait leur nid et pénalisent directement les usagers.

L’autonomie politique comme bouclier

Pour les spécialistes des questions de décentralisation, le refus assumé de rendre des comptes au régulateur central sous prétexte d’autonomie locale a posé les jalons de l’effacement de la redevabilité. En effet, la posture frondeuse des exécutifs locaux pose la question des limites du processus de décentralisation au Cameroun. À cet effet, une enquête de terrain révèle que de nombreux élus locaux utilisent abusivement le principe de libre administration des CTD comme un bouclier d’impunité. Conséquence, face à ce mur du silence, les initiatives de proximité de la Conac, comme l’usage des lignes vertes ou les descentes de ses brigades mobiles « cliniques anti-corruption », peinent à endiguer un mal structurel.

Sans une volonté politique de contraindre légalement les administrations locales à la transparence. Au sein de l’opinion publique, le verdict tombe tel un couperet. Tant que les sanctions administratives et judiciaires ne viendront pas punir ce refus de coopérer, la décentralisation camerounaise courra le risque de ne transférer, en plus des compétences, que les mécanismes de la grande prébende.

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