Kenya : L’expérience brésilienne des citernes au service de l’accès à l’eau en milieu aride
En s’inspirant d’un programme brésilien qui a permis d’approvisionner plus de 1,4 million de familles et quelque 8 000 écoles, le Kenya prépare le déploiement de Maji Plus. Cette initiative prévoit l’installation de dispositifs de récupération des eaux de pluie dans les établissements scolaires et les communautés des régions les plus exposées à la sécheresse, avec pour objectif d’améliorer les conditions de vie de 420 000 personnes.

Face à la raréfaction des ressources en eau et à l’intensification des épisodes de sécheresse, le Kenya cherche des solutions durables pour sécuriser l’approvisionnement des populations vivant dans ses zones arides et semi-arides. Pour concevoir son dispositif, le pays mise notamment sur le retour d’expérience du Brésil, où des infrastructures de collecte et de stockage des eaux pluviales ont contribué à améliorer les conditions de vie de nombreuses communautés rurales. Du 5 au 9 octobre 2026, une délégation kényane s’est rendue dans l’État de Pernambuco, au nord-est du Brésil, afin d’étudier les mécanismes du programme national des citernes. Cette mission technique, achevée le 12 octobre à Recife, doit alimenter la préparation de la première phase de Maji Plus, un programme consacré à l’accès à l’eau dans les écoles et les communautés exposées au stress hydrique.
Un modèle éprouvé dans les régions confrontées à la sécheresse
Lancé comme politique publique en 2003, le programme brésilien des citernes a permis d’équiper plus de 1,4 million de familles, principalement dans le semi-aride, ainsi qu’environ 8 000 établissements scolaires. Son approche repose sur la collecte des eaux de pluie, leur stockage et la mobilisation des acteurs locaux pour assurer la pérennité des installations.
Au-delà des équipements, l’expérience brésilienne met l’accent sur la formation des artisans chargés de construire les citernes, la participation des communautés et l’entretien des ouvrages par leurs utilisateurs. Ces dispositifs organisationnels intéressent particulièrement le Kenya, qui souhaite éviter que les infrastructures installées ne deviennent inutilisables faute de compétences techniques ou de maintenance.
Organisée avec le ministère brésilien du Développement et de l’Assistance sociale, le Centre d’excellence du Programme alimentaire mondial (PAM), le réseau Articulação Semiárido Brasileiro (ASA) et l’Agence brésilienne de coopération, la mission a associé plusieurs administrations kényanes, ainsi que des représentants du PAM, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’ambassade du Brésil à Nairobi.
Des citernes pour l’eau potable et la production agricole
Dans plusieurs localités de Pernambuco, les membres de la délégation ont pu observer le fonctionnement des installations et échanger avec les familles, les agriculteurs, les responsables communautaires et les organisations chargées de leur mise en œuvre. Sur les exploitations familiales, deux capacités de stockage ont notamment retenu leur attention. Les citernes de 16 000 litres servent principalement à conserver l’eau destinée à la consommation et à la préparation des repas. Les réservoirs de 52 000 litres permettent, quant à eux, de soutenir les cultures maraîchères, l’élevage de petite taille et certaines activités de transformation alimentaire pendant la saison sèche.
Cette utilisation de l’eau illustre le potentiel d’un programme qui dépasse les seuls besoins domestiques. Au Brésil, une partie des produits issus de ces exploitations est commercialisée dans le cadre des dispositifs publics d’approvisionnement alimentaire et de restauration scolaire. L’accès à l’eau contribue ainsi à soutenir les revenus agricoles tout en renforçant les circuits d’approvisionnement des écoles. Dans la commune d’Afogados da Ingazeira, la délégation a également visité une école municipale qui dépendait auparavant d’un forage. Une citerne de 52 000 litres lui permet désormais de disposer d’eau tout au long de l’année et d’entretenir un jardin pédagogique. Pour les autorités kényanes, ce type d’installation correspond directement aux besoins ciblés par Maji Plus.
Maji Plus : préciser les modalités de déploiement
Le programme kényan prévoit de toucher environ 420 000 personnes grâce à des systèmes de récupération des eaux pluviales dans les zones arides et semi-arides. L’enjeu consiste désormais à adapter les enseignements brésiliens aux réalités locales, notamment aux besoins des établissements scolaires, aux capacités des administrations et aux ressources financières disponibles.
À l’issue des visites de terrain, les participants ont travaillé sur plusieurs décisions opérationnelles : sélection des écoles pilotes, choix des équipements à installer, formation des maçons, mobilisation des communautés et évaluation des résultats avant et après les interventions. La répartition des responsabilités entre les administrations et les partenaires doit également être précisée.
Les conclusions de la mission doivent être intégrées à une feuille de route de mise en œuvre de Maji Plus, qui précisera l’accompagnement attendu des membres de l’Alliance mondiale et les étapes de déploiement du programme.
Le défi sera de transformer ces enseignements en installations adaptées, entretenues durablement et capables de répondre aux besoins des populations. La réussite de Maji Plus dépendra ainsi autant de la disponibilité des équipements que de l’organisation locale, de la formation des intervenants et de la continuité des ressources nécessaires à leur fonctionnement.



