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Corridors ferroviaires : En Afrique, les conflits armés alourdissent la facture des infrastructures

Les guerres fragilisent les investissements ferroviaires sur le continent, entre chantiers suspendus, équipements détruits et contentieux financiers. De l’Éthiopie à la Libye, en passant par l’Angola et le Soudan, les crises sécuritaires compliquent la réalisation des projets et retardent les retombées économiques attendues de ces infrastructures.

Le développement du transport ferroviaire en Afrique se heurte à un obstacle qui dépasse la mobilisation des financements : l’instabilité sécuritaire. Alors que les États cherchent à renforcer les échanges commerciaux et à réduire les coûts logistiques, les conflits armés compromettent la réalisation de plusieurs projets, avec des répercussions sur les dépenses publiques, les engagements contractuels et la rentabilité des investissements. Le déficit d’infrastructures reste considérable. Dans son rapport sur l’état des infrastructures africaines publié en 2024, Africa Finance Corporation (AFC) indique que, sur les 30 200 km de nouvelles lignes ferroviaires envisagés à l’horizon 2040 dans le cadre du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), seuls 4 000 km avaient été construits au moment de l’évaluation.

Éthiopie : un arbitrage à 307,6 millions de dollars

Le projet ferroviaire Awash-Kombolcha-Hara Gebeya illustre les conséquences financières d’une interruption provoquée par la guerre. Longue de 392 km et évaluée à 1,7 milliard de dollars, cette ligne avait été confiée en 2015 à l’entreprise turque Yapı Merkezi, dans le cadre d’un contrat de conception, d’approvisionnement et de construction. Les travaux ont été suspendus en 2020 en raison du conflit dans le nord de l’Éthiopie. L’entreprise a ensuite réclamé des compensations pour les dommages subis, les équipements pillés et les retards, tandis que la Société des chemins de fer éthiopiens (ERC) a présenté une demande reconventionnelle.

À l’issue de la procédure arbitrale, Yapı Merkezi a obtenu une créance nette de 307,6 millions de dollars, arrêtée au 30 juin, assortie d’intérêts annuels de 9 % jusqu’au paiement intégral. Selon l’entreprise, le règlement restait en attente.

Cette affaire montre qu’un conflit peut transformer un investissement d’infrastructure en passif financier supplémentaire. Pour les finances publiques, le risque ne se limite plus au coût initial du projet : il peut englober les indemnisations, les intérêts et les dépenses nécessaires à la reprise des travaux. L’achèvement de la ligne demeure également déterminant pour permettre à l’investissement de générer les recettes et les gains logistiques escomptés.

Angola : reconstruire avant de retrouver les bénéfices économiques

En Angola, la guerre civile, qui a duré de 1975 à 2002, a lourdement endommagé le réseau ferroviaire. Le chemin de fer de Benguela, essentiel pour relier le port de Lobito à l’intérieur du pays et aux zones minières de la République démocratique du Congo, a dû faire l’objet d’une vaste opération de réhabilitation, achevée en 2014. L’enjeu économique est ici celui du coût de remplacement des infrastructures détruites et du temps perdu avant le rétablissement des échanges. Une ligne ferroviaire dégradée pénalise les producteurs, réduit les possibilités d’acheminement des marchandises et peut renforcer la dépendance aux routes, souvent plus coûteuses pour le transport de volumes importants.

Libye : des investissements immobilisés depuis 2011

En Libye, les affrontements de 2011 ont provoqué l’arrêt de plusieurs projets ferroviaires confiés à des entreprises étrangères, notamment les lignes Tripoli-Ras Jedir, Tripoli-Sirte et Sirte-Benghazi. Conçues pour structurer un réseau le long du littoral méditerranéen, ces liaisons sont restées inachevées. La signature, en juillet 2025, d’un protocole d’accord avec China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC), en vue de préparer la reprise de certains travaux, témoigne des efforts engagés pour relancer ces investissements. Toutefois, la reprise d’un chantier après une longue interruption suppose de réévaluer les infrastructures existantes, les besoins financiers et les conditions d’exécution. Pour les investisseurs, l’incertitude sur les délais augmente le risque de dépassement des coûts et complique l’évaluation de la rentabilité future.

Soudan : la continuité de l’exploitation également menacée

Au Soudan, la guerre déclenchée en avril 2023 a perturbé l’exploitation du réseau ferroviaire, notamment sur la liaison Khartoum-Wad Madani. La reprise du service a été annoncée en juillet 2026, après des opérations de maintenance et de remise en état. Cette situation rappelle qu’une infrastructure achevée ne garantit pas, à elle seule, la continuité du transport. La sécurité des installations, la disponibilité du matériel roulant et la présence du personnel sont indispensables au fonctionnement du réseau. Les interruptions d’exploitation peuvent entraîner des pertes de recettes, désorganiser les chaînes d’approvisionnement et compliquer la desserte des bassins de production.

Le risque sécuritaire, une variable à intégrer dans les investissements

Ces différents cas mettent en évidence une contrainte supplémentaire pour le développement des corridors ferroviaires africains. Au-delà du financement initial, leur viabilité dépend aussi de la capacité des États et des opérateurs à anticiper les risques susceptibles d’interrompre les travaux ou l’exploitation. Ces dispositifs ne peuvent empêcher les conflits, mais ils peuvent limiter leurs conséquences sur les budgets et les délais. Dans un continent où les infrastructures ferroviaires sont appelées à soutenir l’intégration régionale, l’industrialisation et les exportations, la sécurité constitue ainsi une condition supplémentaire de la rentabilité des investissements et de la concrétisation des corridors annoncés.

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