Santé animale : Yaoundé en première ligne contre la peste des petits ruminants en Afrique centrale
Du 21 au 23 avril 2026, Yaoundé abrite un atelier régional consacré au renforcement de la surveillance de la peste des petits ruminants (PPR) et des autres maladies animales transfrontalières. Portée par la FAO avec l’appui de l’Union européenne, cette rencontre réunit experts vétérinaires et responsables institutionnels autour d’un objectif majeur : accélérer l’éradication de cette maladie virale d’ici 2030 et protéger les revenus de millions de familles rurales.

Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, les chèvres et les moutons constituent bien plus qu’un simple cheptel. Ils représentent une source essentielle de revenus, une réserve d’épargne et un levier majeur de sécurité alimentaire pour les ménages ruraux. Pourtant, cet équilibre reste fragilisé par la peste des petits ruminants (PPR), une maladie virale hautement contagieuse qui continue de circuler dans la sous-région. Réunis à Yaoundé du 21 au 23 avril 2026, les participants à l’atelier régional de renforcement des capacités de surveillance entendent consolider les mécanismes de riposte face à cette épizootie.
Organisée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avec le soutien de l’Union européenne, cette rencontre vise à améliorer la détection précoce des foyers et la coordination régionale. Selon le représentant résident de la FAO au Cameroun, le Dr Antonio Luís Querido, la PPR affecte plus de 70 pays en Afrique, au Proche-Orient, au Moyen-Orient et en Asie. Elle menace directement près de 300 millions de familles rurales et engendre chaque année des pertes économiques estimées à 2,1 milliards de dollars.
Depuis la conférence internationale d’Abidjan en 2015, la communauté internationale s’est fixé une ambition claire : éradiquer totalement la PPR d’ici 2030. Une feuille de route mondiale a été mise en place par la FAO et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), puis adaptée au continent africain à travers une stratégie panafricaine couvrant la période 2023-2027. En Afrique centrale, les avancées restent contrastées. Certains pays disposent déjà de systèmes de contrôle plus robustes, tandis que d’autres peinent encore à renforcer leurs capacités de diagnostic et de surveillance. Pour le Dr Mimbang Guy Iréné, conseiller technique au ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia), plusieurs obstacles ralentissent encore la progression vers l’éradication : la faible couverture vaccinale, les limites des laboratoires vétérinaires et l’insuffisance de la surveillance active sur le terrain.
L’atelier de Yaoundé veut donc transformer la surveillance sanitaire en véritable rempart régional. Trois axes majeurs structurent les travaux. Le premier concerne la surveillance basée sur les risques, afin de concentrer les efforts sur les zones les plus exposées et les mouvements de bétail les plus sensibles. La deuxième repose sur une approche participative impliquant davantage les éleveurs, les vétérinaires de proximité et les communautés rurales, souvent premières témoins de l’apparition des symptômes. Enfin, les experts insistent sur la relance des réseaux RESEPI et RESOLAB, deux plateformes techniques dédiées respectivement à l’épidémiosurveillance et aux laboratoires vétérinaires, considérées comme essentielles pour harmoniser les données entre pays.
L’Union européenne soutient cette dynamique à travers le programme « EU Support to the Eradication of PPR from Africa », mis en œuvre avec la FAO. Pour la phase initiale, une enveloppe globale de 10,5 millions d’euros a été mobilisée, dont 8 millions destinés directement au programme opérationnel et 2,5 millions au secrétariat PPR. Pour le Dr Ndongo Marcel, coordonnateur régional du programme PPR en Afrique centrale, cet appui financier permet d’inscrire l’action dans une logique de long terme, cohérente avec l’horizon 2030. Au-delà de la santé animale, les organisateurs rappellent que la lutte contre la PPR conditionne aussi la stabilité économique des campagnes, la fluidité des échanges régionaux de bétail et la résilience alimentaire des populations. À Yaoundé, c’est donc bien une bataille pour le développement rural durable qui se joue.



