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ZLECAf : L’Afrique centrale veut lever les freins à l’expansion des entreprises sur les marchés régionaux

Réunis à Yaoundé du 13 au 15 octobre 2026, les experts d’Afrique centrale ont appelé à accélérer la mise en œuvre des réformes du climat des affaires, à renforcer le financement des entreprises et à structurer le secteur privé. Des conditions jugées essentielles pour permettre aux économies de la sous-région de tirer profit de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et de développer des chaînes de valeur régionales.

Une entreprise camerounaise pourra-t-elle un jour s’approvisionner en matières premières en République démocratique du Congo (RDC), transformer ces ressources localement, puis écouler ses produits au Gabon ou en République centrafricaine dans des conditions compétitives ? Cette perspective illustre l’ambition de l’intégration économique en Afrique centrale, où les complémentarités entre les économies restent encore insuffisamment exploitées.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue, à cet égard, un levier potentiel d’élargissement des débouchés pour les entreprises. En facilitant les échanges entre les pays africains, elle peut contribuer à augmenter les volumes commercialisés, favoriser les investissements productifs et encourager la spécialisation des économies. Mais l’ouverture commerciale ne garantit pas, à elle seule, une présence accrue des entreprises sur les marchés voisins. Encore faut-il que celles-ci disposent des financements, des capacités de production et d’un environnement réglementaire adaptés.

C’est autour de ces enjeux que se sont articulés les travaux de la 42e session du Comité intergouvernemental des hauts fonctionnaires et experts (CIE) de l’Afrique centrale, organisée à Yaoundé par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), du 13 au 15 octobre 2026. Les participants ont notamment examiné les réformes nécessaires pour renforcer le secteur privé et accélérer la diversification économique dans la sous-région.

Le défi de la mise en œuvre des réformes

Les échanges interviennent dans le cadre de la Décennie de la diversification économique 2021-2030. À quatre ans de son échéance, cet agenda invite les pays d’Afrique centrale à réduire leur dépendance aux produits de base, à développer la transformation locale et à diversifier leurs sources de croissance. Pour y parvenir, le renforcement du secteur privé apparaît comme une condition déterminante, notamment dans les économies où les exportations restent concentrées sur un nombre limité de produits.

Lors d’une conférence de presse organisée le 8 octobre 2026, Jean-Luc Mastaki, directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, a souligné la nécessité de passer des engagements à leur application effective. L’accès au financement, l’amélioration du climat des affaires, la transformation des matières premières et la création d’emplois figurent parmi les priorités identifiées.

Au cours de la session, les participants ont notamment insisté sur le fait que la région ne manque pas nécessairement de réformes, mais que leur mise en œuvre demeure un défi. La multiplication des textes et des engagements institutionnels ne suffit pas si les administrations chargées de les appliquer ne disposent pas des moyens humains, financiers et organisationnels nécessaires.

Le renforcement de l’Observatoire du climat des affaires en Afrique centrale, ainsi que des observatoires nationaux, figure ainsi parmi les orientations évoquées. L’objectif est de mieux suivre l’application des réformes, d’évaluer leurs effets et d’identifier les blocages persistants. Cette démarche suppose également de mobiliser les ressources nécessaires au fonctionnement des structures de suivi et d’évaluation.

Financement, logistique et informalité : les autres obstacles

L’accès au financement constitue un autre frein à la participation des entreprises régionales aux opportunités offertes par la ZLECAf. Les micro, petites et moyennes entreprises, qui forment une composante importante du tissu économique, ont besoin de ressources pour moderniser leurs équipements, accroître leurs capacités de production et satisfaire aux exigences des marchés extérieurs. Sans financements adaptés, ces entreprises risquent de rester cantonnées à leurs marchés habituels, faute de pouvoir supporter les coûts liés à l’augmentation de la production, à la certification des produits ou à la prospection commerciale dans d’autres pays. La mobilisation des investissements privés et l’exploration de nouvelles perspectives de financement ont donc également été abordées lors des travaux du CIE.

À ces contraintes s’ajoutent les difficultés logistiques et administratives. La suppression progressive des barrières tarifaires ne règle pas automatiquement les problèmes de transport, de dédouanement, de conformité aux normes ou de circulation des marchandises. Or, une chaîne de valeur régionale ne peut fonctionner efficacement que si les matières premières, les produits intermédiaires et les marchandises transformées circulent dans des conditions compatibles avec les impératifs de coût et de délai des entreprises.

L’harmonisation des pratiques administratives, la simplification des procédures et une meilleure coordination des politiques publiques apparaissent ainsi essentielles pour rendre les échanges régionaux plus fluides. L’agro-industrie, les matériaux de construction et la transformation des ressources naturelles figurent notamment parmi les secteurs où les complémentarités entre économies pourraient favoriser l’émergence de chaînes de production transfrontalières. La question de l’informalité constitue également une préoccupation. Une partie des entreprises exerce en dehors des circuits formels, ce qui peut compliquer leur accès au financement structuré, aux dispositifs d’accompagnement et aux marchés soumis à des exigences réglementaires. Leur formalisation et leur meilleure organisation représentent donc un enjeu pour élargir le nombre d’acteurs capables de bénéficier des opportunités commerciales régionales.

Le dialogue public-privé au cœur de la stratégie

Au-delà des réformes administratives, les experts ont appelé à renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé. Cette concertation doit permettre de mieux prendre en compte les contraintes rencontrées par les entreprises et d’améliorer la cohérence de l’action publique. Elle suppose aussi une meilleure coordination entre les ministères, afin d’éviter que des mesures prises par différentes administrations ne produisent des effets contradictoires. Les travaux ont également porté sur l’inclusion économique, l’autonomisation des femmes, l’emploi des jeunes et le développement durable. Ces dimensions complètent les enjeux de compétitivité en soulignant que la diversification économique doit aussi élargir les possibilités d’activité et d’emploi.

Le bureau de la session a été placé sous la présidence du Cameroun, pays hôte, avec la République centrafricaine à la vice-présidence et une représentante de la RDC au poste de rapporteure. La dernière journée, le 15 octobre, a notamment été consacrée à l’examen du rapport d’activités du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, aux initiatives et perspectives de financement, puis à l’adoption du relevé des conclusions et recommandations.

Des recommandations aux résultats attendus

La ZLECAf peut offrir un marché plus vaste aux opérateurs de la sous-région, mais son potentiel dépendra de leur capacité à répondre à la demande, à respecter les normes applicables et à proposer des produits compétitifs. La mise en place de chaînes de valeur régionales exige, en parallèle, des infrastructures adaptées, des procédures plus simples et une coopération plus étroite entre les administrations. À Yaoundé, les experts ont ainsi placé la mise en œuvre des réformes au centre des priorités. Leur efficacité se mesurera moins au nombre de recommandations adoptées qu’à leurs effets sur l’accès au financement, les coûts de production, la formalisation des entreprises et la progression des échanges entre pays voisins. Autant de conditions pour faire de l’intégration commerciale un levier effectif de diversification économique en Afrique centrale.

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