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Santé publique : En Afrique, le climat menace de faire flamber la facture du paludisme

À l’horizon 2050, le paludisme pourrait coûter bien plus de vies en Afrique. Selon des chercheurs australiens, le danger ne vient pas seulement des moustiques, mais surtout des tempêtes, des inondations et des cyclones qui fragilisent les systèmes de santé et brisent les dispositifs de prévention.

Le changement climatique ne se contente pas de modifier les températures. Il bouleverse les équilibres sociaux et sanitaires. D’après une étude conduite par le Kids Research Institute Australia et l’université Curtin, plus de 500 000 décès supplémentaires liés au paludisme pourraient survenir en Afrique d’ici 2050 si la trajectoire climatique actuelle se maintient. Dans ce scénario intermédiaire, plus de 100 millions de nouveaux cas seraient enregistrés en un quart de siècle, avec un impact particulièrement lourd sur les enfants. Les chercheurs ont croisé vingt-cinq ans de données climatiques, sanitaires et socio-économiques. Leur conclusion est claire : les événements météorologiques extrêmes pèsent davantage que la seule hausse des températures.

Quand le climat dérègle la prévention

Les inondations et les cyclones expliqueraient l’essentiel de la future aggravation du paludisme : près de 80 % des nouveaux cas et plus de 90 % des décès supplémentaires. Ces chocs détruisent les habitations, abîment les moustiquaires, coupent les routes et désorganisent les centres de santé.

Résultat : diagnostics retardés, ruptures de stocks de médicaments et programmes de lutte interrompus. Or, ces perturbations ne disparaissent pas avec la décrue des eaux. Elles peuvent durer des mois, parfois des années, laissant le parasite circuler plus longtemps dans les communautés.

Des effets biologiques limités mais inégaux

Contrairement aux idées reçues, l’impact direct du réchauffement sur la biologie des moustiques resterait modéré à l’échelle du continent, avec une hausse moyenne projetée d’à peine 0,12 % des cas. Cette moyenne cache toutefois de fortes différences régionales. Le risque progresserait dans des zones jusque-là trop fraîches pour la transmission, comme certaines régions d’Angola, du sud de la RDC, de Zambie ou des hauts plateaux d’Afrique de l’Est. À l’inverse, dans le Sahel, la chaleur excessive pourrait freiner la survie des moustiques.

Une maladie déjà très meurtrière

Le paludisme demeure l’un des principaux fléaux sanitaires africains. En 2024, l’Organisation mondiale de la santé a recensé 610 000 décès dans le monde, dont 95 % en Afrique. Les enfants de moins de cinq ans représentent près des trois quarts des victimes. Pour les chercheurs, se concentrer uniquement sur la lutte contre le moustique est insuffisant. Le véritable talon d’Achille réside dans la vulnérabilité des infrastructures sanitaires face aux aléas climatiques.

Miser sur la résilience

Les auteurs plaident pour une intégration du risque climatique dans les politiques de santé. Cela suppose d’anticiper l’approvisionnement en moustiquaires et en médicaments, de reconstruire rapidement les services après les catastrophes et d’inscrire le paludisme dans les plans nationaux de gestion des risques. Selon eux, l’éradication de la maladie reste possible, mais elle dépendra de la capacité des pays à adapter leurs stratégies à un climat plus instable. Faute de mesures solides, des décennies de progrès pourraient être balayées par les vents et les crues.

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