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Commerce extérieur : Les droits de douane américains font fondre la valeur des exportations camerounaises

Depuis l’été 2025, l’imposition par Washington de taxes réciproques de 15 % a rebattu les cartes du commerce entre le Cameroun et les États-Unis. Si les volumes expédiés ont progressé, les recettes ont, elles, reculé. Une évolution qui met en lumière la fragilité du modèle exportateur camerounais, encore dominé par des produits peu transformés.

Entre août et novembre 2025, les exportations camerounaises vers les États-Unis ont atteint 14 588 tonnes, contre 12 959 tonnes un an plus tôt. Cette progression de 12,6 % n’a pourtant pas empêché une contraction significative des recettes. Selon les données du Conseil national des chargeurs du Cameroun, la valeur des ventes est passée de 46 milliards à 38,3 milliards de FCFA, soit un recul annuel de 16,6 %. Ce paradoxe traduit un affaiblissement des prix unitaires, dans un contexte où les entreprises cherchent à rester compétitives face au renchérissement des coûts d’accès au marché américain.

Produit phare des exportations camerounaises vers les États-Unis, la pâte de cacao concentre l’essentiel de l’impact. Les volumes ont glissé de 6 804 à 6 119 tonnes sur la période étudiée. En valeur, les recettes ont reculé de près de 20 %, passant de 43,1 à 34,6 milliards de FCFA. Le prix moyen au kilo a suivi la même trajectoire, chutant de 6 343 à 5 665 FCFA. Pour le CNCC, cette baisse résulte en grande partie des concessions tarifaires consenties par les exportateurs afin de préserver leurs parts de marché, au prix d’une compression des marges.

Au-delà du cacao, le bois débité et le caoutchouc naturel subissent également les effets du nouvel environnement tarifaire. Cette situation révèle une vulnérabilité structurelle liée à la faible valeur ajoutée des produits exportés et à la dépendance vis-à-vis d’un nombre limité de marchés.

Face à ce choc, plusieurs pistes sont envisagées. La première consiste à réduire la dépendance au marché américain en explorant d’autres débouchés. Les Pays-Bas, la Belgique et la Chine sont identifiés pour le bois, tandis que la Belgique et la Malaisie figurent parmi les alternatives pour le caoutchouc.

Le CNCC invite aussi à tirer parti de la Zone de libre-échange continentale africaine. Des pays comme l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Maroc pourraient absorber une part des exportations aujourd’hui orientées vers les États-Unis. Mais la réponse la plus durable reste l’industrialisation locale. En misant davantage sur des produits finis plutôt que sur des matières premières ou des dérivés peu transformés, le Cameroun pourrait accroître ses recettes, renforcer sa compétitivité et amortir les chocs commerciaux futurs.

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