Fibre optique : Un investissement stratégique à 36 milliards de dollars par an pour changer d’échelle
Pour soutenir sa transformation économique, l’Afrique devra accélérer le déploiement de ses réseaux de télécommunications. D’après un rapport conjoint de l’OCDE et de la Commission de l’Union africaine, le continent devra mobiliser chaque année 36 milliards de dollars d’ici 2040 pour renforcer ses infrastructures en fibre optique. Un effort jugé crucial pour la productivité, mais qui dépendra largement du secteur privé.

Le retard du continent africain en matière d’infrastructures reste l’un des plus importants au monde. Routes, énergie, eau et télécommunications souffrent d’un déficit chronique d’investissements. Selon le rapport Dynamiques du développement en Afrique 2025, les besoins annuels globaux en infrastructures sont évalués à environ 155 milliards de dollars. Dans cette enveloppe, les réseaux de fibre optique représentent près d’un quart des besoins, avec un effort estimé à 36 milliards de dollars par an d’ici 2040. Ce montant demeure inférieur aux investissements requis pour les routes (50 milliards) et les chemins de fer (38 milliards), mais il est jugé déterminant pour accompagner la modernisation des économies africaines.
Des progrès rapides mais inachevés
Les auteurs du rapport reconnaissent les avancées significatives réalisées ces dernières années. Le linéaire de câbles opérationnels est passé d’environ 466 000 kilomètres en 2010 à plus de 1,3 million de kilomètres en 2024. Cette expansion a permis de multiplier par quatre la part de la population ayant accès à Internet. Cependant, l’accès au numérique reste inégal et coûteux. En 2024, le prix mensuel moyen d’un abonnement à l’Internet haut débit dans 18 pays africains atteignait 56 dollars, contre 46 dollars en Amérique latine et 17 dollars dans les pays en développement d’Asie. Cette barrière tarifaire freine l’adoption massive des services numériques, notamment chez les ménages modestes et les petites entreprises.
Le numérique, levier de transformation productive
Au-delà de la connectivité, le rapport insiste sur le rôle des infrastructures publiques numériques. Celles-ci peuvent améliorer l’efficacité administrative, faciliter les procédures douanières et soutenir le commerce électronique transfrontalier. Elles contribuent aussi à l’intégration des énergies renouvelables et à l’élargissement de l’accès au financement pour les PME. La fibre optique, bien que générant des rendements plus faibles que certaines infrastructures lourdes, se distingue par son coût unitaire relativement bas et par ses effets structurants sur l’économie numérique.
Miser sur les investisseurs privés
La contrainte budgétaire des États africains complique la mobilisation des financements publics. Entre 2019 et 2023, les gouvernements ont consacré en moyenne sept fois plus de ressources au service de la dette qu’aux infrastructures. Dans quinze pays, les intérêts payés ont même dépassé les investissements réalisés dans l’ensemble des secteurs d’infrastructures. Dans ce contexte, le secteur privé apparaît comme un acteur central. Entre 2016 et 2020, il a représenté 55 % des engagements dans les infrastructures numériques, contre seulement 1 % dans l’eau et 7 % dans les transports. Les auteurs estiment qu’un cadre réglementaire plus attractif pourrait encore renforcer cette dynamique.
Un pari économique et environnemental
Si les voies ferrées offrent les rendements économiques les plus élevés, la fibre optique se positionne comme l’infrastructure la moins coûteuse par unité et l’une des plus rapides à déployer. Dans une économie mondiale de plus en plus numérique, elle constitue un socle indispensable pour l’industrialisation, l’innovation et l’intégration régionale. À l’horizon 2040, l’enjeu n’est donc pas seulement technologique, mais stratégique : permettre à l’Afrique de transformer sa croissance en véritable développement productif, connecté aux marchés et aux services du futur.



