Corruption : L’Afrique reste à la traîne dans le classement mondial 2025
Le nouvel indice de perception de la corruption publié par Transparency International confirme une réalité persistante : le continent africain demeure la région la plus exposée à la corruption perçue dans le secteur public. Quelques pays se distinguent, mais la majorité stagne ou recule, dans un contexte mondial marqué par un affaiblissement des normes de gouvernance.

L’édition 2025 de l’Indice de perception de la corruption (IPC) dresse un constat sans détour : l’Afrique continue d’occuper la dernière place parmi les grandes régions du monde. Sur 182 pays évalués, seuls quatre États africains dépassent la barre symbolique des 50 points sur 100, seuil qui marque un niveau relativement acceptable de probité publique. Les Seychelles conservent la première place africaine avec 68 points, se hissant au 24e rang mondial. Elles sont suivies par le Cap-Vert (62 points), puis par le Botswana et le Rwanda, à égalité avec 58 points chacun. Ces pays apparaissent comme des îlots de relative intégrité dans un océan de scores modestes.
Un Top 10 dominé par l’Afrique australe et insulaire
Derrière le quatuor de tête figurent Maurice, la Namibie, le Sénégal, le Bénin et Sao Tomé-et-Principe. La Côte d’Ivoire et le Ghana ferment le Top 10 continental. Malgré ces performances honorables, la majorité de ces pays reste en deçà des standards observés dans les régions les mieux notées du monde, comme l’Europe du Nord ou l’Asie orientale. À l’autre extrémité du classement africain, la situation demeure alarmante. Le Soudan, l’Érythrée, la Libye, la Somalie et le Soudan du Sud enregistrent les scores les plus faibles, témoignant de systèmes publics fragilisés par l’instabilité politique, les conflits et l’absence de mécanismes efficaces de contrôle.
Entre légers progrès et nettes régressions
Comparée à l’édition précédente, l’évolution est contrastée. Quatorze pays africains améliorent leur score, tandis que seize régressent et vingt-quatre stagnent. Le Maroc, le Gabon et la Guinée équatoriale affichent les progressions les plus notables, avec deux points gagnés chacun. À l’inverse, les Seychelles, le Mozambique et l’Eswatini subissent une chute de quatre points, signe d’un affaiblissement perçu des dispositifs de lutte contre la corruption. Ces mouvements révèlent une dynamique instable : les avancées restent fragiles et facilement réversibles lorsque les institutions de contrôle se montrent inefficaces ou politisées.
Une corruption aux conséquences sociales directes
Au-delà des chiffres, Transparency International souligne l’impact concret de la corruption sur les populations. Le détournement des fonds publics limite l’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé et à l’éducation, touchant en priorité les couches les plus vulnérables. À Madagascar, la colère contre les pratiques corruptives a nourri des mobilisations de la jeunesse ayant conduit à la chute du gouvernement en octobre 2025. Même dans les pays les mieux classés, des signaux d’alerte apparaissent. Aux Seychelles, des lenteurs judiciaires dans une affaire de blanchiment présumé de plusieurs dizaines de millions de dollars interrogent sur la solidité réelle des mécanismes anticorruption.
Un recul mondial préoccupant
La dégradation n’est pas propre à l’Afrique. À l’échelle planétaire, la moyenne mondiale de l’IPC tombe à 42 points, son niveau le plus bas depuis plus d’une décennie. Seuls cinq pays dépassent désormais les 80 points, contre douze il y a dix ans. Le Danemark, la Finlande et Singapour occupent le podium mondial. Selon l’ONG, la rivalité entre grandes puissances et le mépris croissant des règles internationales favorisent l’expansion de pratiques opaques. Pour l’Afrique, ce contexte rend la bataille pour la transparence encore plus urgente. Sans réformes institutionnelles profondes et sans volonté politique forte, la lutte contre la corruption risque de rester un mirage statistique, tandis que ses effets continueront de peser lourdement sur le développement et la cohésion sociale.



