Faune menacée : Quand des agents publics alimentent le trafic d’animaux sauvages au Cameroun
Un rapport récent met en lumière l’implication de fonctionnaires et d’agents de l’État dans le commerce illégal d’espèces protégées au Cameroun. Derrière les saisies spectaculaires réalisées en 2025, se dessine un réseau où l’autorité publique est parfois détournée au profit du braconnage.

En 2025, plusieurs opérations menées conjointement avec le ministère des Forêts et de la Faune ont permis de retirer du marché noir des produits issus d’espèces strictement protégées. Le bilan est lourd : ivoires d’éléphant, écailles de pangolin géant, peaux de léopard et dizaines de perroquets gris ont été interceptés. Ces résultats figurent dans le rapport annuel de Last Great Apes (LAGA), une organisation engagée dans l’application de la loi faunique.
Au total, dix personnes ont été arrêtées pour trafic présumé. Huit ont déjà été condamnées à des peines de prison assorties d’amendes cumulées dépassant quatre millions de francs CFA. Mais l’élément le plus préoccupant reste le profil de certains suspects.
Selon le rapport, plusieurs personnes interpellées sont ou ont été des agents de l’État. En décembre 2025, deux individus ont été arrêtés à Yaoundé avec des peaux fraîches de léopard. L’un d’eux, officier de police, aurait utilisé son statut pour franchir les frontières entre le Gabon et le Cameroun sans être inquiété. Dans l’Est du pays, une autre opération a permis la saisie de 65 perroquets gris transportés dans un véhicule administratif appartenant à un fonctionnaire régional. L’animal figure parmi les espèces classées « vulnérables » par Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Ces affaires rappellent celles révélées les années précédentes, notamment l’arrestation d’un ancien colonel des Eaux et Forêts trouvé en possession d’ivoires d’éléphant.
Pour Éric Tah Kaba, responsable au sein de LAGA, la présence de fonctionnaires dans ces réseaux n’est pas une surprise. Dans un entretien accordé à Mongabay, il explique que les trafiquants se recrutent aussi bien parmi les agents publics que chez les transporteurs ou les riverains des parcs nationaux. En janvier 2026, un caporal-chef de l’armée a été arrêté à Yaoundé avec une peau de léopard après avoir parcouru plusieurs centaines de kilomètres depuis l’Ouest du pays, profitant de sa position pour échapper aux contrôles.
Face à cette situation, les spécialistes appellent à un renforcement de la lutte contre la corruption et à une application rigoureuse de la loi faunique. Pour LAGA, seule une réponse judiciaire ferme et équitable peut dissuader les réseaux criminels qui prospèrent sur la rareté des espèces sauvages. Au Cameroun, où la biodiversité est l’une des plus riches d’Afrique centrale, ces révélations soulignent l’urgence de protéger le patrimoine naturel contre ceux qui, paradoxalement, sont censés en être les gardiens.



