Coton africain : L’alerte rouge et la riposte des producteurs
Réunis à Douala, les dirigeants des sociétés cotonnières du continent tirent la sonnette d’alarme face à l’effondrement des prix et à l’asphyxie financière du secteur. Dans une déclaration commune, ils appellent les États à agir vite et fort pour préserver un pilier économique et social de l’Afrique rurale.
Le thermomètre de la filière coton a été pris à Douala. Autour de la table, les responsables des entreprises cotonnières de plusieurs pays africains, rassemblés par l’Association Cotonnière Africaine, ont dressé un diagnostic sans fard. Leur message est clair : sans mesures rapides, la chaîne cotonnière risque de rompre. Dans la « Déclaration de Douala », les acteurs du secteur rappellent que le coton ne se limite pas à une marchandise d’exportation. Il irrigue les économies rurales, soutient l’emploi et stabilise des territoires entiers. Des millions de ménages en dépendent pour leurs revenus, l’accès à l’alimentation et la scolarisation.
Le malaise vient d’un cocktail explosif. Les cours internationaux stagnent à des niveaux bas depuis plusieurs campagnes, plombés par des stocks abondants et une demande hésitante. À cela s’ajoute une concurrence fortement soutenue par des subventions dans certaines grandes zones agricoles, qui fausse la compétition. Pour les producteurs africains, la volatilité des devises et la hausse des coûts logistiques grignotent les marges déjà minces. Résultat : trésoreries sous tension, accès au crédit plus difficile et perspectives brouillées. Les professionnels évoquent un secteur fragilisé, exposé à des déficits récurrents si rien ne change.
Au Cameroun, la crise a accéléré un virage stratégique. Les autorités et l’opérateur public du coton misent sur l’industrialisation pour sortir de la dépendance aux prix bruts. Objectif affiché : multiplier la part de la fibre transformée localement d’ici la fin de la décennie. Le projet repose sur de nouvelles capacités de trituration des graines et sur la relance de la filature pour nourrir une industrie textile nationale. Derrière ce chantier, un calcul simple : capter davantage de valeur ajoutée, créer des emplois industriels et amortir les chocs des marchés internationaux.
Dans les régions septentrionales du pays, le coton reste le principal moteur économique. Un affaiblissement durable de la filière pourrait accroître la pauvreté rurale et fragiliser des zones déjà sensibles. La déclaration finale insiste ainsi sur la dimension de stabilité sociale : préserver le coton, c’est aussi préserver la cohésion des territoires.
Les membres de l’ACA réclament des politiques publiques audacieuses : mécanismes de soutien, accès facilité au financement, investissements dans la transformation et défense plus ferme des intérêts africains sur les marchés mondiaux. Leur message se veut combatif. Malgré la tempête, ils affirment vouloir bâtir une filière plus compétitive et résiliente. Pour eux, l’« or blanc » reste un pilier stratégique du continent, à condition de changer de modèle et de regarder au-delà des seuls cours mondiaux.



