Ressources naturelles : Quand les États africains prennent la pioche géologique
Longtemps laissée aux compagnies privées, l’exploration minière devient un chantier stratégique pour plusieurs gouvernements africains. En investissant eux-mêmes dans la cartographie du sous-sol, ils espèrent réduire les risques, séduire les investisseurs et diversifier leurs économies.

Sous la croûte africaine sommeille un trésor connu… mais mal localisé. Le continent concentre une part majeure des réserves mondiales de métaux indispensables à l’industrie et à la transition énergétique. Pourtant, de vastes zones restent peu étudiées, faute de données géologiques fiables. Résultat : les entreprises d’exploration doivent engager des millions de dollars avant même de savoir si leurs forages seront fructueux. Cette incertitude explique en partie pourquoi l’Afrique ne capte qu’une fraction des dépenses mondiales d’exploration minière, malgré son immense potentiel.
Le choix stratégique du Botswana
Premier producteur africain de diamants en volume, Botswana a décidé de ne plus attendre les investisseurs pour révéler ses ressources. Le gouvernement a annoncé la création d’une société publique d’exploration chargée d’améliorer les données géologiques nationales. L’objectif est clair : mieux connaître le sous-sol afin de limiter les échecs coûteux et d’orienter plus efficacement les projets miniers. Cette initiative intervient dans un contexte délicat pour le pays, frappé par la baisse des prix du diamant. Diversifier l’activité minière vers le cuivre ou le nickel devient alors une priorité économique.
Nigeria et Kenya sur la même trajectoire
À l’ouest du continent, Nigeria multiplie les partenariats pour sortir de sa dépendance au pétrole. Accords technologiques, coopération internationale et campagnes de collecte de données visent à mieux cartographier un sous-sol estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars de réserves potentielles. À l’est, Kenya a mené une vaste campagne géophysique aéroportée, qui a permis d’identifier près d’un millier d’occurrences minérales dans plusieurs comtés. Ces informations sont désormais utilisées comme vitrine pour attirer des compagnies minières et renforcer la contribution du secteur à l’économie nationale.
Le pari du retour sur investissement
En finançant eux-mêmes les premières étapes de l’exploration, les États espèrent transformer la connaissance géologique en levier d’attractivité. Les données publiques réduisent le risque pour les investisseurs privés et peuvent accélérer la prise de décision. À terme, elles doivent aussi renforcer la capacité des gouvernements à négocier des contrats plus équilibrés.
Au-delà des cartes, la question des règles
Cependant, la géologie ne suffit pas. Selon le classement annuel du Fraser Institute, l’attractivité minière dépend autant du potentiel du sous-sol que de la qualité des politiques publiques. Cadre fiscal stable, sécurité juridique et transparence administrative pèsent lourd dans l’arbitrage des compagnies. Alors que les grandes puissances se disputent l’accès aux minerais critiques, la réussite des stratégies africaines reposera sur un double socle : des données solides et des règles claires. Autrement dit, une boussole géologique accompagnée d’une boussole politique. Comme l’a résumé récemment une responsable gouvernementale citée par Reuters, explorer sans savoir, c’est risquer de creuser pour rien. Désormais, plusieurs États africains préfèrent éclairer le terrain avant d’y inviter les foreuses.



