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Avenir de la jeunesse : Éducation en Afrique, l’ambition rattrapée par les chiffres

Dix ans après avoir promis de faire de l’éducation une priorité budgétaire, la majorité des États africains restent en dessous des seuils fixés au niveau international. Entre dettes, urgences sécuritaires et pression démographique, le secteur avance à pas comptés, alors même qu’il conditionne la transformation économique du continent.

En 2015, les gouvernements africains avaient posé une balise claire : consacrer une part significative de leurs richesses à l’éducation. L’objectif était d’atteindre entre 4 et 6 % du PIB et jusqu’à 20 % des dépenses publiques. Cette promesse a été gravée dans des textes de référence, de la Déclaration d’Incheon à la stratégie éducative continentale portée par l’Union africaine. Pourtant, la réalité budgétaire s’éloigne souvent de cette trajectoire. Selon l’OCDE, la plupart des pays africains demeurent sous la barre des 4 % du PIB. L’UNICEF indiquait récemment que moins d’un pays africain sur cinq atteignait le seuil de 20 % du budget national dédié à l’éducation. Quelques exceptions existent, comme la Namibie, mais elles restent rares.

L’éducation, une priorité populaire

Le contraste est saisissant entre les finances publiques et l’opinion des citoyens. Un rapport du réseau d’enquêtes d’Afrobarometer montre que l’éducation figure désormais parmi les trois premières priorités exprimées par les populations africaines, derrière l’emploi et la santé. Cette attente sociale reflète une prise de conscience : l’école est perçue comme la clé pour sortir de la pauvreté et accéder à un travail stable. Malgré cette pression populaire, la progression des budgets reste lente. Dans plusieurs pays, les dépenses éducatives avoisinent à peine 2 à 3 % du PIB, loin des ambitions initiales.

Les contraintes qui plombent les comptes

Pourquoi cette difficulté persistante à tenir parole ? Les gouvernements invoquent d’abord la multiplication des urgences. Les conflits armés dans certaines régions obligent à réorienter une part importante des budgets vers la sécurité et la défense. À cela s’ajoutent les chocs climatiques et la fragilité des recettes fiscales. Le poids de la dette joue aussi un rôle central. D’après Human Rights Watch, plusieurs pays consacrent davantage de ressources au service de la dette qu’à l’éducation. Cette situation se traduit par des salaires d’enseignants comprimés, des manuels rares et des salles de classe bondées.

Autre déséquilibre : la répartition interne des crédits. Une part notable des budgets est orientée vers l’enseignement supérieur, tandis que le préscolaire et le primaire, pourtant déterminants pour la réussite scolaire, restent sous-financés.

Une école sous pression démographique

À ces contraintes s’ajoute un facteur structurel : la démographie. L’Afrique compte la population la plus jeune du monde et chaque année, des millions d’enfants supplémentaires frappent à la porte de l’école. Un rapport conjoint de l’UNESCO, de l’UNICEF et de l’Union africaine estime que plus de 100 millions d’enfants restent hors du système scolaire. La qualité de l’enseignement en souffre. Dans de nombreuses régions, le manque d’enseignants qualifiés et d’infrastructures limite les progrès. Résultat : une grande majorité d’enfants de 10 ans ne maîtrisent pas la lecture de base, compromettant leur avenir académique et professionnel.

Financer autrement pour sauver l’objectif 2030

Pour atteindre l’éducation universelle d’ici 2030, les besoins sont colossaux : millions de salles de classe à construire, enseignants à recruter, matériels à fournir. Face à ces chiffres, l’augmentation des budgets publics apparaît nécessaire mais insuffisante. De plus en plus d’experts plaident pour un modèle de financement diversifié : ressources nationales renforcées, partenariats avec le secteur privé, fonds éducatifs et obligations sociales. Cette combinaison pourrait sécuriser des investissements de long terme tout en réduisant la dépendance à l’aide extérieure.

L’éducation, moteur de la croissance

La reprise économique observée récemment en Afrique subsaharienne reste fragile. Selon la Banque mondiale, la croissance régionale a progressé en 2024, mais elle demeure insuffisante pour absorber l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail. Or, sans formation solide, cette jeunesse risque de rester en marge de l’économie formelle. Relancer durablement la croissance passe donc par une transformation du système éducatif : meilleure planification, dépenses plus efficaces, accent sur la formation professionnelle et l’entrepreneuriat. Les innovations technologiques, notamment l’intelligence artificielle, offrent aussi des pistes pour personnaliser l’apprentissage et élargir l’accès au savoir, à condition d’être encadrées par des politiques publiques adaptées.

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