Énergie : Le retrait d’Actis d’Eneo retardé par des formalités techniques et financières
Bien que l’État camerounais ait déjà réglé les 78 milliards de FCFA nécessaires au rachat de la participation majoritaire du fonds britannique Actis dans Eneo, la finalisation de la transaction tarde encore. Des contraintes liées aux transferts de devises et à certains ajustements fiscaux empêchent pour l’instant l’aboutissement formel de l’opération et retardent l’installation de la nouvelle gouvernance du concessionnaire d’électricité.

Le processus de retrait du fonds d’investissement britannique Actis du capital d’Eneo n’est pas encore totalement achevé, malgré le paiement déjà effectué par l’État camerounais. Selon les autorités, le Trésor public a déboursé près de 78 milliards de FCFA, montant correspondant à la participation majoritaire détenue par l’investisseur dans la société concessionnaire du service public de l’électricité. Cette opération, engagée depuis plusieurs mois, devait permettre à l’État de reprendre la main sur l’entreprise. À l’issue de cette acquisition, les pouvoirs publics contrôlent désormais 95 % du capital, tandis que 5 % restent entre les mains des employés de l’entreprise. Toutefois, si la transaction est considérée comme financièrement réglée du côté camerounais, certaines étapes administratives et bancaires restent nécessaires pour acter juridiquement la sortie du fonds britannique.
Les principaux obstacles relèvent de procédures techniques liées au transfert des fonds vers l’étranger. Ces opérations sont soumises aux règles de change appliquées dans la zone CEMAC et supervisées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Concrètement, les montants déjà mobilisés doivent encore être convertis et transférés vers les comptes du vendeur. À cela s’ajoutent des ajustements fiscaux liés à la structure de la transaction. Tant que ces étapes ne sont pas entièrement finalisées, l’opération ne peut être considérée comme close sur le plan opérationnel. Dans ces conditions, l’équipe dirigeante actuelle, issue du fonds Actis, reste provisoirement en place au sein de l’entreprise.
Cette situation a des répercussions directes sur les acteurs du secteur électrique. Lors d’échanges récents avec le ministre de l’Eau et de l’Énergie, des représentants des entreprises regroupées au sein de l’Organisation interprofessionnelle des sociétés d’électricité et d’eau du Cameroun (Oriselec) ont exprimé leurs préoccupations. Ces opérateurs espéraient notamment obtenir des clarifications sur le règlement de créances en attente. Mais les discussions ont montré que certaines décisions structurantes, notamment en matière financière, seront prises seulement après l’installation de la nouvelle équipe dirigeante.
Malgré ces retards administratifs, le gouvernement prépare déjà l’étape suivante. Les autorités travaillent sur un programme destiné à stabiliser la situation financière d’Eneo, confrontée à un niveau d’endettement élevé et à d’importantes pertes commerciales. Parmi les pistes évoquées figurent la renégociation de certains financements bancaires afin d’allonger les maturités de remboursement, la réduction des coûts d’exploitation et un renforcement du recouvrement des factures, en particulier auprès de certaines entités publiques. En attendant l’achèvement des formalités de cession, un comité interministériel poursuit la préparation de la transition. La nouvelle organisation managériale appelée à piloter l’entreprise après le départ définitif d’Actis n’a toutefois pas encore été rendue publique.



