Coton au Cameroun : 60 milliards FCFA injectés chaque année pour soutenir les producteurs
Dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, la filière coton repose sur un mécanisme de financement bien rodé qui permet à des milliers de producteurs d’accéder aux intrants agricoles. Chaque année, près de 60 milliards de FCFA sont mobilisés sous forme de crédits de campagne, avec un taux de remboursement qui frôle régulièrement les 100 %, signe d’une discipline rare dans le secteur agricole.

La culture du coton continue de jouer un rôle stratégique dans l’économie rurale du septentrion camerounais. Pour garantir le bon déroulement de chaque campagne, environ 60 milliards de FCFA sont mobilisés chaque année afin de financer l’achat d’intrants agricoles et de petits équipements destinés aux exploitants. Cette enveloppe bénéficie à un large réseau de producteurs estimé entre 150 000 et 200 000 personnes réparties dans les trois principales zones cotonnières du pays : l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord. L’information a été mise en avant le 31 mars 2026 à Garoua lors d’une présentation consacrée à l’organisation de la filière par la Société de développement du coton (Sodecoton). Dans un contexte où l’accès au crédit agricole reste limité pour de nombreux exploitants, ce mécanisme constitue un pilier essentiel de la production cotonnière nationale.
Le fonctionnement repose sur une chaîne bien définie. Les ressources sont généralement mobilisées par l’État camerounais auprès de partenaires financiers internationaux avant d’être transférées à la Sodecoton. L’entreprise publique assure ensuite la mise à disposition de ces fonds à la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPC Cameroun), qui prend en charge leur distribution sur le terrain. Cette organisation est également responsable du suivi et du recouvrement des crédits accordés aux cultivateurs. Ce schéma permet d’assurer une meilleure traçabilité des financements tout en renforçant la proximité avec les producteurs, regroupés au sein de structures locales.
Selon la direction générale de la Sodecoton, le système affiche des performances remarquables en matière de remboursement. Les crédits sont généralement récupérés directement lors de la commercialisation du coton, par prélèvement sur les revenus des producteurs. Ce mode opératoire permet d’atteindre très souvent un taux de recouvrement de 100 %. Pour Mohamadou Bayero, directeur général de la Sodecoton, cette rigueur s’explique par la sensibilisation menée auprès des producteurs et par les règles strictes appliquées dans la filière. Un exploitant qui ne rembourse pas son crédit d’intrants perd la possibilité d’en bénéficier la saison suivante. En cas de récidive, il peut même être exclu définitivement du dispositif. Cette exigence pousse les producteurs à prioriser le remboursement, parfois au prix de sacrifices financiers importants.
Au fil des années, la CNPC Cameroun a renforcé sa place dans l’écosystème cotonnier. Depuis 2004, elle gère l’approvisionnement en intrants et en matériels agricoles pour l’ensemble de la filière. Au-delà de cette mission, l’organisation intervient aussi dans la structuration des groupements de producteurs et leur professionnalisation. Elle développe également des initiatives sociales, notamment à travers la mise en place de banques de céréales. Ces réserves alimentaires permettent aux familles agricoles d’accéder à des denrées à des prix plus abordables pendant la période de soudure, un enjeu crucial dans des régions régulièrement confrontées à l’insécurité alimentaire. Le coton devient ainsi bien plus qu’une culture de rente : un véritable levier de stabilité économique et sociale.



