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Carburants : Le Nigeria devient un pilier discret de l’approvisionnement du Cameroun

Entre 2024 et 2025, le Nigeria a représenté près de 18 % des importations camerounaises de carburants et lubrifiants, pour une valeur cumulée dépassant 317 milliards de FCFA. Portée par la montée en puissance de la raffinerie Dangote et par les tensions sur les marchés mondiaux du pétrole, cette dynamique repositionne Abuja comme un partenaire énergétique stratégique pour Yaoundé.

Le Nigeria s’impose progressivement comme l’un des principaux fournisseurs de produits pétroliers du Cameroun. D’après un rapport du ministère des Finances analysant les effets des tensions au Moyen-Orient sur l’économie nationale, Abuja a assuré 18 % des importations camerounaises de carburants et lubrifiants sur la période 2024-2025. Les importations globales dans ce segment ont atteint 974 milliards de FCFA en 2024, avant de reculer à 788 milliards de FCFA en 2025. En appliquant la part nigériane à ces volumes, les achats en provenance du Nigeria sont estimés à environ 175 milliards de FCFA en 2024 et près de 142 milliards en 2025. Sur deux ans, cela représente plus de 317 milliards de FCFA, confirmant le poids croissant du voisin ouest-africain dans la stratégie d’approvisionnement énergétique du Cameroun.

Cette progression s’explique en grande partie par la montée en régime de la raffinerie Dangote, devenue l’un des plus importants complexes de raffinage du continent. Installée au Nigeria avec une capacité de traitement de 650 000 barils par jour, cette infrastructure renforce considérablement les capacités d’exportation du pays. Grâce à cette nouvelle puissance industrielle, le Nigeria alimente davantage les marchés africains en produits raffinés, notamment l’essence, le diesel et d’autres lubrifiants industriels. Des données relayées récemment indiquent que douze cargaisons, représentant environ 456 000 tonnes de carburants, ont été expédiées vers plusieurs pays africains. Le Cameroun figure parmi les destinations qui bénéficient de cette nouvelle dynamique régionale.

Les chiffres du transport maritime traduisent clairement cette montée en puissance. En mars, les exportations nigérianes de produits raffinés ont atteint environ 214 000 barils par jour, contre près de 100 000 barils quotidiens en février. Les volumes dirigés vers le continent africain ont connu une progression encore plus marquée, passant d’environ 38 000 à près de 90 000 barils par jour sur la même période. Cette évolution intervient alors que plusieurs pays africains cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des circuits d’approvisionnement traditionnels, fortement exposés aux crises géopolitiques mondiales.

Si la Belgique reste le premier fournisseur du Cameroun avec 36 % des importations, le Nigeria se place désormais devant les États-Unis (9 %), l’Inde (8,5 %) et la Grande-Bretagne (6,4 %). Le Togo complète ce repositionnement régional avec 7 % des parts. Cette proximité géographique présente des avantages logistiques évidents : délais plus courts, coûts de transport potentiellement réduits et meilleure réactivité en période de tension internationale. Mais cette régionalisation ne supprime pas la vulnérabilité structurelle du Cameroun face aux fluctuations mondiales des hydrocarbures. Elle modifie surtout les routes d’approvisionnement sans effacer les risques liés à la volatilité des prix. Dans ce contexte, la question du renforcement des capacités nationales de raffinage revient au premier plan. Pour de nombreux observateurs, la modernisation de la Société nationale de raffinage reste une priorité stratégique afin de réduire durablement la dépendance extérieure et sécuriser l’approvisionnement du pays.

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