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Infrastructures et industrialisation : Le Port Autonome de Kribi défend une nouvelle doctrine portuaire africaine à Kigali

Au forum des dirigeants africains, le Port autonome de Kribi a présenté une ambition qui dépasse désormais le simple transport maritime. Avec la création récente de la Kribi Port Industrial Zone, le complexe camerounais veut devenir un centre régional de transformation industrielle, de logistique et d’intégration économique, dans un contexte où l’Afrique cherche à mieux capter la valeur de ses ressources.

Le Cameroun est venu à Kigali avec un message clair : les infrastructures portuaires africaines doivent désormais servir de leviers de transformation économique et non plus uniquement de portes d’entrée pour les importations. À l’occasion de l’édition 2026 de l’Africa CEO Forum, le Port autonome de Kribi (PAK), partenaire Gold de l’événement, a mis en avant son évolution vers un modèle industrialo-portuaire présenté comme un outil de souveraineté productive.

Huit ans après son entrée en exploitation commerciale, le port en eau profonde situé dans la région du Sud affiche des indicateurs en forte progression. En 2025, la plateforme a traité plus de 555 000 conteneurs EVP et manutentionné 12,7 millions de tonnes de marchandises. Les activités portuaires ont également généré plus de 35 milliards de FCFA de chiffre d’affaires et contribué à hauteur de 350 milliards de FCFA aux recettes douanières de l’État camerounais.

Au-delà des performances opérationnelles, le principal changement mis en avant à Kigali concerne la création de la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), officiellement lancée en février 2026. Ce nouveau dispositif ambitionne de structurer autour du port un vaste espace de transformation industrielle et de services logistiques avancés. Le projet repose sur un écosystème industriel de 4 000 hectares adossé aux infrastructures portuaires existantes.

Selon les projections présentées par le PAK, près de 795 millions d’euros d’investissements pourraient être mobilisés autour de cette zone, avec à la clé entre 110 000 et 150 000 emplois directs et indirects. À travers cette orientation, Kribi cherche à attirer des industries capables de transformer localement les matières premières destinées jusque-là à l’exportation brute. L’objectif affiché est de renforcer la chaîne de valeur sur place tout en améliorant la compétitivité logistique du Cameroun et de l’Afrique centrale.

Le port camerounais veut également consolider son rôle de plateforme régionale pour les pays de l’hinterland d’Afrique centrale. Relié au réseau national de transport et ouvert sur le golfe de Guinée, Kribi mise sur sa profondeur de 16 mètres et ses réserves foncières pour accueillir des projets industriels de grande envergure. Pour les responsables du PAK, la réflexion dépasse désormais le cas camerounais. Le modèle associant port, énergie, industrie, logistique et financement pourrait, selon eux, inspirer d’autres économies africaines désireuses de mieux contrôler leurs chaînes d’approvisionnement et leurs capacités de production.

Cette approche intervient dans un contexte continental marqué par la volonté croissante de réduire la dépendance aux exportations de matières premières non transformées. Derrière le discours sur la souveraineté économique, plusieurs États africains cherchent désormais à construire des infrastructures capables de retenir davantage de valeur sur le continent. À Kigali, Kribi a ainsi voulu apparaître moins comme un simple port que comme un instrument de repositionnement économique africain. Une manière pour le Cameroun de défendre l’idée qu’une partie de la compétitivité future du continent se jouera désormais autour de ses façades maritimes et de sa capacité à industrialiser ses échanges.

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