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Afrique subsaharienne : La dépendance au riz importé atteint un nouveau sommet

Portée par une urbanisation rapide, une forte croissance démographique et l’évolution des habitudes alimentaires, l’Afrique subsaharienne devrait accroître de nouveau ses importations de riz durant la campagne 2026/2027. Malgré les efforts engagés pour stimuler la production locale, plusieurs pays demeurent fortement dépendants des marchés internationaux, dans un contexte mondial marqué par des tensions sur l’offre et une concurrence accrue entre grands exportateurs asiatiques.

Le marché du riz continue de gagner du terrain en Afrique subsaharienne. Selon les dernières projections du Département américain de l’Agriculture (USDA), les achats extérieurs de la région devraient atteindre 19,3 millions de tonnes au cours de la campagne 2026/2027, contre 18,7 millions l’année précédente. Ce volume constituerait un record historique pour la zone, devenue en quelques années le principal bassin importateur de riz dans le monde.

Cette progression reflète surtout l’évolution des modes de consommation. Dans les grandes villes africaines, le riz s’impose progressivement comme un aliment du quotidien grâce à son prix relativement accessible et à sa facilité de préparation. La croissance démographique accélère également cette dynamique. La consommation totale de riz en Afrique subsaharienne est ainsi attendue à 42,7 millions de tonnes, soit une hausse de plus de 10 millions de tonnes en dix ans. En parallèle, la production régionale peine encore à suivre le rythme. Les récoltes locales devraient atteindre 23,4 millions de tonnes en 2026/2027, en léger recul par rapport à la campagne précédente.

La poussée des importations demeure largement portée par l’Afrique de l’Ouest, où se concentrent les plus grands marchés consommateurs du continent. Dans cette région, le riz occupe une place centrale dans l’alimentation, même si les céréales locales comme le mil, le sorgho ou le maïs restent davantage produites. Le Nigeria conservera sa position parmi les premiers acheteurs africains avec des importations estimées à 2,9 millions de tonnes. La Côte d’Ivoire devrait enregistrer un léger recul de ses achats à 1,7 million de tonnes, tandis que le Sénégal verrait ses volumes progresser à 1,4 million de tonnes. D’autres pays comme la Guinée et le Ghana poursuivront également leurs approvisionnements sur les marchés internationaux afin de répondre à une demande intérieure toujours soutenue.

Face à cette dépendance persistante, plusieurs gouvernements tentent de soutenir les producteurs nationaux. Certaines capitales multiplient les mesures destinées à limiter la concurrence étrangère et à encourager la consommation du riz local. Le Burkina Faso a notamment renforcé certaines restrictions sur les importations, tandis que le Sénégal et le Ghana favorisent davantage l’utilisation du riz produit localement dans les administrations et les programmes publics. Ces orientations sont suivies avec attention par les grands négociants internationaux. L’Afrique représente désormais un marché stratégique pour les exportateurs asiatiques, notamment l’Inde, redevenue très offensive depuis l’assouplissement de ses restrictions à l’exportation fin 2024.

La hausse des besoins africains intervient alors que le commerce mondial du riz pourrait lui aussi atteindre un niveau inédit de 63 millions de tonnes en 2026/2027. Les Philippines devraient conserver leur rang de premier importateur mondial, tandis que le Vietnam continuera d’acheter du riz paddy cambodgien malgré son statut de grand exportateur. Dans le même temps, la production mondiale de riz blanchi devrait reculer de près de 5 millions de tonnes sur un an. L’Inde, la Birmanie et les États-Unis enregistreraient les baisses les plus importantes.

Les stocks mondiaux devraient également diminuer, même si la Chine renforcerait encore sa position dominante en concentrant à elle seule plus de la moitié des réserves mondiales. Une situation qui transforme le marché du riz en vaste échiquier planétaire où sécurité alimentaire, stratégie commerciale et souveraineté agricole s’entremêlent comme les grains d’un même sac.

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