Graphite : L’Allemagne se tourne vers Madagascar pour sécuriser ses besoins industriels
Face à la montée en puissance de l’industrie des batteries électriques et à la domination chinoise sur les minerais critiques, l’Allemagne explore de nouvelles sources d’approvisionnement en graphite. Madagascar, devenu premier producteur africain depuis 2024, attire désormais l’attention de Berlin, qui voit dans la Grande Île un partenaire stratégique pour renforcer la souveraineté industrielle européenne.

L’intérêt allemand pour le graphite malgache s’inscrit dans une vaste stratégie européenne de sécurisation des matières premières critiques. Ce minerai, indispensable à la fabrication des anodes utilisées dans les batteries de véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie, occupe désormais une place centrale dans la transition énergétique mondiale.
Dans cette perspective, une mission technique de l’Institut fédéral allemand des géosciences et des ressources naturelles (BGR) s’est récemment rendue à Madagascar afin d’évaluer plusieurs sites de production de graphite. Parmi les exploitations visitées figure la mine de Molo, opérée par la société canadienne NextSource Materials. Selon l’entreprise, cette initiative vise à examiner le potentiel du graphite malgache comme source d’approvisionnement fiable pour l’industrie allemande et, plus largement, pour la chaîne européenne des batteries.
La demande mondiale en graphite connaît une croissance rapide sous l’effet de l’essor des véhicules électriques. Chaque batterie lithium-ion nécessite en effet une quantité importante de graphite naturel ou synthétique, faisant de ce minerai un composant stratégique pour les constructeurs automobiles.
Or, la chaîne mondiale d’approvisionnement reste largement dominée par la Chine, qui contrôle une grande partie de la transformation et du raffinage du graphite. Cette dépendance pousse les pays européens à diversifier leurs partenaires afin de réduire les risques géopolitiques et industriels. L’Allemagne, dont l’économie repose fortement sur son industrie automobile, multiplie ainsi les initiatives pour sécuriser l’accès aux minerais critiques. En 2025, Berlin a d’ailleurs participé à la mise en place d’un fonds européen destiné à soutenir l’approvisionnement en ressources stratégiques.
Dans cette bataille mondiale pour les ressources, Madagascar s’impose progressivement comme un acteur majeur. Selon les données de l’US Geological Survey (USGS), le pays est devenu en 2024 le premier producteur africain de graphite, dépassant le Mozambique. La production malgache a atteint environ 85 000 tonnes en 2024 avant de légèrement reculer à 80 000 tonnes en 2025. Malgré cette baisse, le pays conserve son avance sur plusieurs concurrents africains. Outre NextSource Materials, d’autres sociétés participent au développement de la filière, notamment Tirupati Graphite et Établissements Gallois.
Malgré ce potentiel, plusieurs obstacles freinent encore la pleine exploitation des capacités minières malgaches. La mine de Molo, par exemple, n’atteint pas encore son niveau de production théorique. Conçue pour produire jusqu’à 17 000 tonnes de graphite par an, l’exploitation fonctionne actuellement à un rythme inférieur, estimé autour de 11 000 tonnes annualisées. Des contraintes techniques et opérationnelles continuent de limiter les performances du site.
Pendant ce temps, d’autres pays africains accélèrent leurs propres projets miniers. La Tanzanie apparaît notamment comme l’un des nouveaux pôles du graphite africain grâce au développement de projets tels qu’Epanko, porté par EcoGraf, et Mahenge, développé par Black Rock Mining. Dans un marché de plus en plus concurrentiel, l’Afrique pourrait ainsi devenir l’un des terrains décisifs de la nouvelle bataille mondiale pour les minerais stratégiques.



