Orpaillage clandestin : Yaoundé lance une offensive contre près de 200 exploitants illégaux
Le gouvernement camerounais durcit le ton contre l’exploitation anarchique de l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Les autorités affirment avoir identifié près de 200 opérateurs exerçant en dehors du cadre légal, majoritairement des sociétés étrangères. Cette opération d’assainissement intervient dans un contexte de fortes suspicions de fraude et d’exportations informelles de métal précieux échappant largement aux circuits officiels.

Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique intensifie la pression sur les exploitants aurifères non conformes. À l’issue d’une mission de terrain menée dans plusieurs bassins miniers, les autorités ont recensé environ 200 opérateurs exerçant sans autorisation valable dans l’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or.
Selon les constats du ministre par intérim, Fuh Calistus Gentry, la grande majorité de ces entreprises seraient contrôlées par des intérêts étrangers. Les régions de l’Est et de l’Adamaoua apparaissent comme les principaux foyers de cette activité clandestine qui prolifère depuis plusieurs années autour des gisements aurifères. Dans un communiqué officiel publié le 13 mai 2026, le membre du gouvernement a exigé l’arrêt immédiat des opérations illégales. Les sociétés concernées sont également invitées à démonter leurs équipements de traitement du minerai ainsi que les installations connexes présentes sur les sites d’exploitation.
Les autorités préviennent que tout refus d’obtempérer entraînera des mesures coercitives. Les services administratifs compétents, accompagnés des forces de sécurité, pourront procéder eux-mêmes au démantèlement des installations illégales. Le gouvernement précise par ailleurs que les coûts des opérations seront supportés par les contrevenants. À cela pourraient s’ajouter des poursuites judiciaires pour non-respect de la réglementation minière et environnementale.
Cette fermeté s’inscrit dans la continuité des mesures engagées depuis le début de l’année pour réorganiser le secteur aurifère. En janvier 2026, une concertation réunissant le ministère, la Sonamines et plusieurs opérateurs avait déjà fixé un ultimatum aux exploitants afin qu’ils régularisent leur situation administrative. Les entreprises devaient notamment verser les cautions destinées à la réhabilitation des sites miniers et signer les cahiers de charges exigés par le Code minier adopté en 2023.
Derrière cette campagne de contrôle se cache également un enjeu économique majeur : la traçabilité de l’or produit au Cameroun. Depuis plusieurs années, les écarts entre les statistiques officielles nationales et les données des pays importateurs alimentent les soupçons de contrebande. Le rapport ITIE 2023 révèle ainsi que les exportations officiellement déclarées par le Cameroun n’ont atteint que 22,3 kilogrammes d’or. Pourtant, les statistiques des Émirats arabes unis, considérés comme la principale destination de l’or camerounais, font état de plus de 15 tonnes importées depuis le Cameroun sur la même période.
Cet écart spectaculaire illustre l’ampleur des circuits informels qui échappent au contrôle de l’État. Pour Yaoundé, l’objectif est désormais double : reprendre le contrôle de la production nationale et sécuriser les recettes fiscales générées par le secteur aurifère. Dans les zones minières, cette opération ressemble à une vaste partie d’échecs où l’État tente de reprendre la main sur un métal jaune devenu aussi précieux que volatil.



