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Afrique-Europe : Le pari de la co-production pour porter les échanges à 1 000 milliards de dollars d’ici 2034

Face à la montée des tensions commerciales mondiales et à la domination croissante de la Chine et des États-Unis dans plusieurs chaînes de valeur stratégiques, l’Afrique et l’Europe cherchent un nouveau souffle économique commun. Un rapport du cabinet bcg.com⁠ estime que les deux continents pourraient presque doubler leurs échanges commerciaux au cours de la prochaine décennie, à condition d’abandonner une relation classique d’import-export au profit d’une logique de co-production industrielle et de services.

Longtemps présentée comme un partenariat naturel, la relation économique entre l’Afrique et l’Europe peine pourtant à suivre le rythme des grandes transformations du commerce mondial. Malgré leur proximité géographique, leurs liens historiques et leurs économies complémentaires, les échanges entre les deux régions ont progressé plus lentement que ceux observés à l’échelle internationale au cours des vingt dernières années. Dans une étude publiée début mai 2026, le cabinet bcg.com⁠ considère toutefois qu’une nouvelle phase de croissance est possible. Selon le rapport, le commerce bilatéral pourrait atteindre près de 1 000 milliards de dollars d’ici 2034, contre environ 545 milliards en 2024.

Sortir d’une relation centrée sur les matières premières

Pour les auteurs de l’étude, cette accélération ne pourra se produire qu’à travers un changement profond de modèle économique. L’idée consiste à remplacer la logique traditionnelle d’exportation de matières premières africaines vers l’Europe par des chaînes de valeur intégrées, dans lesquelles les deux régions produisent ensemble des biens destinés au marché mondial. L’Afrique apporterait principalement ses ressources naturelles, son potentiel énergétique et une main-d’œuvre jeune en forte croissance. L’Europe, de son côté, mettrait à contribution ses capacités industrielles, ses financements, ses technologies et son vaste marché de consommation de plus de 440 millions d’habitants.

Cette complémentarité apparaît d’autant plus stratégique que les deux continents partagent désormais des fragilités communes. L’Europe affiche un déficit commercial massif avec la Chine dans les produits manufacturés, tandis que l’Afrique demeure dépendante des importations de biens transformés et des plateformes numériques dominées par les géants américains.

Des secteurs ciblés pour créer un effet d’entraînement

Le rapport identifie plusieurs filières capables de devenir les moteurs de cette nouvelle dynamique. Les activités liées aux ressources naturelles figurent en première ligne. L’objectif serait notamment de transformer davantage sur le continent africain les minerais stratégiques utilisés dans les batteries électriques ou encore certains produits agricoles avant leur exportation. Des pays comme la République démocratique du Congo, la Zambie, le Zimbabwe ou le Gabon pourraient ainsi jouer un rôle central dans les chaînes de valeur des métaux critiques.

Le développement de l’industrie légère constitue un autre axe majeur. Le textile-habillement, déjà présent en Maroc, en Tunisie ou en Égypte, pourrait être renforcé grâce à une intégration plus poussée avec les marchés européens. Les composants automobiles et électriques figurent également parmi les secteurs jugés prioritaires. Dans l’agro-industrie, les experts voient émerger un corridor ouest-africain associant la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria autour de la transformation de produits agricoles semi-finis destinés aux marchés internationaux.

Les services numériques et le tourisme dans la nouvelle équation

Au-delà de l’industrie, les services devraient aussi jouer un rôle croissant dans cette coopération renouvelée. Le rapport souligne notamment le potentiel des services numériques, des centres technologiques africains, du tourisme et des industries culturelles. L’essor des compétences numériques en Afrique, associé à une jeunesse connectée et anglophone ou francophone, pourrait permettre de créer de nouveaux pôles de services exportables vers l’Europe. Cette dynamique pourrait également contribuer à limiter la fuite des talents tout en générant des emplois qualifiés sur le continent.

Une ambition conditionnée par les infrastructures

Pour transformer cette vision en réalité, les auteurs du rapport insistent toutefois sur plusieurs préalables. Les investissements dans les infrastructures logistiques, énergétiques et portuaires seront déterminants, tout comme l’amélioration des procédures douanières et de la formation professionnelle. Le développement de clusters industriels régionaux apparaît également essentiel. Ces pôles devraient regrouper entreprises, infrastructures et compétences dans des espaces géographiques cohérents afin de réduire les coûts de production et de faciliter l’intégration dans les chaînes de valeur européennes.

Si ces conditions sont réunies, l’Afrique et l’Europe pourraient bâtir un corridor économique capable de rivaliser avec les grandes alliances commerciales mondiales. Une perspective qui transformerait profondément les relations entre les deux continents, en les faisant passer d’un simple partenariat commercial à une véritable stratégie industrielle commune.

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