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Santé : Investir dans la recherche médicale pourrait rapporter plus de 668 milliards de dollars à l’Afrique

Face à la baisse historique de l’aide internationale, l’Afrique est appelée à repenser le financement de ses systèmes de santé. Un rapport du CDC Afrique estime qu’un engagement massif dans la recherche et développement médicale pourrait transformer le continent en moteur d’innovation, créer des millions d’emplois qualifiés et générer des centaines de milliards de dollars de richesse au cours des vingt prochaines années.

La contraction de l’aide publique au développement bouleverse les équilibres du secteur sanitaire africain. Selon les données de l’OCDE, les financements internationaux ont chuté de plus de 23 % en 2025, privant de nombreux pays de ressources essentielles pour soutenir leurs politiques de santé. Dans ce contexte, le dernier rapport du CDC Afrique, élaboré avec le soutien de l’Union africaine et de l’Union européenne, plaide pour un changement de paradigme : faire de la recherche et développement (R&D) en santé un levier stratégique de croissance économique et de souveraineté.

Le document souligne un paradoxe persistant. Alors que l’Afrique concentre près de 25 % de la charge mondiale de morbidité, elle ne représente qu’une faible part des essais cliniques réalisés dans le monde. En 2023, seulement 4 % des études cliniques mondiales ont été conduites sur le continent. Cette marginalisation scientifique maintient les pays africains dans une position de dépendance vis-à-vis des innovations développées à l’étranger, souvent peu adaptées aux réalités locales.

Un potentiel économique colossal

Le rapport propose une modélisation économique sur vingt ans, entre 2025 et 2044. Son scénario principal repose sur l’application de l’objectif fixé par l’Union africaine : consacrer 1 % du PIB à la R&D, dont 15 % destinés au secteur de la santé. Les projections avancées sont considérables. Si cet objectif était atteint d’ici 2030, les investissements dans la recherche médicale pourraient générer jusqu’à 668 milliards de dollars supplémentaires de PIB cumulé sur deux décennies.

Les auteurs estiment également que les bénéfices commenceraient à être visibles rapidement, avec un seuil de rentabilité atteint dès 2029. À l’horizon 2044, l’écart annuel de richesse produite entre un scénario d’investissement et un scénario de statu quo atteindrait près de 72 milliards de dollars. Même en appliquant des hypothèses financières prudentes, le rendement économique resterait largement positif. Et ces estimations n’intègrent pas encore les gains liés aux vies sauvées ou à la réduction des maladies.

Des millions d’emplois à la clé

Au-delà de la croissance économique, le développement de la R&D sanitaire pourrait devenir un puissant moteur d’emplois qualifiés. Le rapport évoque la création potentielle de 4,56 millions d’emplois durables dans les secteurs de la recherche, des essais cliniques, de la biotechnologie, de la fabrication pharmaceutique et des services associés. Les investissements publics auraient également un effet d’entraînement sur le secteur privé. Selon les projections, chaque tranche de cinq dollars injectés par les États pourrait attirer un dollar supplémentaire de capitaux privés à partir de la troisième année. Sur vingt ans, plus de 17 milliards de dollars de financements privés pourraient ainsi être mobilisés.

Réduire la dépendance aux importations

Le rapport insiste aussi sur les gains commerciaux potentiels. Aujourd’hui, l’Afrique importe environ 70 % des produits sanitaires qu’elle consomme, pour une facture estimée à plus de 17 milliards de dollars par an. Le développement d’industries pharmaceutiques locales permettrait de réduire progressivement cette dépendance tout en renforçant les capacités d’exportation du continent. Les projections tablent sur une amélioration cumulative de la balance commerciale de 14 milliards de dollars d’ici 2044. L’exemple de l’Égypte est mis en avant. Le pays couvre désormais l’essentiel de ses besoins pharmaceutiques et ambitionne de multiplier ses exportations dans les prochaines années.

Le défi des infrastructures et du financement

Malgré ces perspectives prometteuses, plusieurs freins continuent de limiter l’émergence d’un véritable écosystème africain de l’innovation médicale. Le rapport pointe notamment la fragmentation réglementaire, l’absence de financements intermédiaires pour les start-up scientifiques et le manque de structures capables d’accompagner la transformation des découvertes en produits commercialisables. Les experts soulignent également l’insuffisance des infrastructures de données et des mécanismes de coordination entre chercheurs, investisseurs et autorités publiques.

Pour le CDC Afrique, la priorité est désormais de bâtir un cadre continental cohérent, capable de soutenir durablement l’innovation locale. Cela passe par une harmonisation réglementaire, des mécanismes de financement mixte et une volonté politique forte. À travers cette stratégie, le continent espère non seulement améliorer ses systèmes de santé, mais aussi transformer la science en moteur d’industrialisation et de puissance économique.

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