Industrie Pneumatiques : Le projet d’usine d’Antoine Ndzengue prend une nouvelle dimension avec un partenaire indien
Le groupe indien GHV Infra Projects Limited annonce avoir reçu une lettre d’intention pour la construction d’une usine de pneumatiques à Bekoko, près de Douala. Porté par Cameroon Tyres Factory Project SA, ce projet industriel évalué à plus de 413 milliards de FCFA ambitionne de transformer le paysage de la filière pneumatique au Cameroun, malgré des interrogations persistantes sur le financement et le calendrier d’exécution.

Le projet de fabrication de pneus initié par l’homme d’affaires camerounais Antoine Ndzengue semble entrer dans une nouvelle phase. Le groupe indien GHV Infra Projects Limited a révélé avoir obtenu une lettre d’intention émise par Cameroon Tyres Factory Project SA pour la réalisation d’une unité industrielle de production de pneumatiques à Bekoko, dans la périphérie de Douala.
Selon les informations communiquées par l’entreprise indienne, le futur complexe sera construit sous forme de projet « clé en main » en mode EPC, incluant l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction. Le montant annoncé atteint 630 millions d’euros hors taxes, soit environ 413 milliards de FCFA. Le chantier devrait s’étaler sur une période de trois ans après notification officielle du démarrage des travaux. Cette annonce marque une étape importante pour un projet évoqué depuis plusieurs années dans les milieux industriels camerounais, même si aucun contrat définitif n’a encore été officiellement signé.
Le programme industriel avait été dévoilé une première fois en 2023 par Cameroon Tyres Factory, filiale du groupe Neptune Holding. À cette période, le site envisagé se trouvait à Bomono, avec une enveloppe d’investissement estimée à 400 milliards de FCFA et une capacité annuelle annoncée de 4,6 millions de pneus. Depuis, le projet a connu une profonde reconfiguration. Le site retenu est désormais Bekoko, un carrefour stratégique connecté aux grands axes logistiques de Douala. Surtout, les ambitions de production ont été revues à la hausse avec une capacité projetée de 7,6 millions de pneus par an. L’usine devrait produire des pneumatiques destinés aussi bien aux véhicules particuliers qu’aux poids lourds, un segment fortement dépendant des importations au Cameroun et dans plusieurs pays d’Afrique centrale.
Au-delà de la production industrielle, les promoteurs mettent en avant une stratégie d’intégration verticale articulée autour du caoutchouc naturel. Plusieurs producteurs d’hévéa implantés au Cameroun, dont la Cameroon Development Corporation (CDC), avaient été identifiés comme fournisseurs potentiels de matière première. L’objectif affiché consiste à développer une chaîne de valeur locale capable de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations de pneumatiques, dans un contexte de croissance du parc automobile et d’expansion des activités de transport et de logistique. Pour soutenir cette montée en puissance, une opération de fusion-absorption avait également été engagée entre Cameroon Tyres Factory SA et Cameroon Tyres Factory Project SA. Cette restructuration devait permettre de créer une entité intégrée combinant production et distribution. Dans le cadre de cette opération, le capital social du projet devait être porté à plus de 15 milliards de FCFA, contre 100 millions auparavant.
Malgré les avancées annoncées, plusieurs zones d’ombre demeurent autour du financement réel du projet. Les promoteurs avaient indiqué avoir confié à Structure Finance Group, filiale de Société Générale, la mission de structurer un financement syndiqué impliquant notamment Afreximbank, la BDEAC et des banques commerciales locales. Antoine Ndzengue avait assuré que les ressources financières nécessaires étaient sécurisées et que le projet entrait dans sa phase finale. Toutefois, aucune des institutions citées n’a, jusqu’ici, confirmé publiquement son engagement. Par ailleurs, les travaux de construction, annoncés à un moment pour fin 2023, n’ont pas encore officiellement débuté.
Si le projet aboutit, il pourrait néanmoins constituer l’un des investissements industriels privés les plus importants réalisés ces dernières années au Cameroun. Il renforcerait également la présence du groupe Neptune dans l’économie nationale, où il opère déjà dans la logistique, le stockage pétrolier, le transport, les pneumatiques et plusieurs activités de services.



