Industrie minière africaine : Pékin freine temporairement l’offensive aurifère de Zijin Mining sur le continent africain
Le géant chinois Zijin Mining devra patienter avant de concrétiser l’une des plus importantes acquisitions de l’année dans le secteur aurifère mondial. Le report du rachat du canadien Allied Gold, évalué à près de 4 milliards de dollars, révèle les défis réglementaires, financiers et géopolitiques qui entourent les investissements miniers internationaux en Afrique, alors que le métal jaune atteint des niveaux de valorisation historiquement élevés.

L’expansion africaine de Zijin Mining connaît un contretemps inattendu. Initialement attendue pour la fin du mois d’avril, l’acquisition du groupe canadien Allied Gold ne devrait finalement être finalisée que le 29 juillet prochain. Cette transaction, estimée à 5,5 milliards de dollars canadiens, représente un levier majeur pour la stratégie de croissance du premier groupe minier chinois.
À travers cette opération, Zijin ambitionne d’élargir considérablement son portefeuille africain. Allied Gold exploite en effet plusieurs actifs stratégiques, notamment les mines d’Agbaou et de Bonikro en Côte d’Ivoire ainsi que celle de Sadiola au Mali. À cet ensemble s’ajoute le projet Kurmuk en Éthiopie, dont l’entrée en production est attendue dans les prochains mois. Selon les informations communiquées par les parties prenantes, plusieurs autorisations réglementaires ont déjà été obtenues au Canada et dans plusieurs pays africains concernés. Toutefois, l’aval définitif des autorités chinoises reste déterminant pour la conclusion de l’opération.
Au-delà des aspects administratifs, des questions de fond semblent émerger du côté des autorités chinoises. Plusieurs observateurs évoquent notamment des réserves concernant le montant de la prime consentie par Zijin pour acquérir Allied Gold. Dans un contexte de forte hausse des cours de l’or, les valorisations des sociétés minières ont considérablement progressé. Les autorités chinoises cherchent ainsi à s’assurer que les acquisitions réalisées à l’étranger demeurent compatibles avec les objectifs de rentabilité des groupes nationaux. Les risques géopolitiques constituent également un facteur de vigilance. La mine de Sadiola, située au Mali, représente une part importante de la production d’Allied Gold. Or, le pays traverse une période de réformes profondes de son secteur minier, marquée par l’application d’un nouveau Code minier qui redéfinit les relations entre l’État et les investisseurs étrangers.
Ce dossier illustre l’importance croissante de l’Afrique dans la stratégie des grands groupes miniers internationaux. Le continent concentre certaines des réserves aurifères les plus attractives au monde, tandis que les prix records du métal précieux renforcent l’intérêt des investisseurs. Dans le même temps, de nombreux gouvernements africains cherchent à accroître leur part des revenus générés par l’exploitation minière. Cette évolution entraîne un renforcement des exigences réglementaires, fiscales et contractuelles imposées aux opérateurs étrangers. Pour les investisseurs, l’équation devient plus complexe : accéder à des gisements de classe mondiale tout en intégrant des risques politiques et réglementaires plus élevés.
Malgré ce retard, les ambitions du groupe chinois demeurent intactes. En début d’année, Zijin Mining a relevé son objectif de production aurifère à 140 tonnes d’ici 2028, contre une prévision antérieure de 110 tonnes. L’intégration des actifs d’Allied Gold jouerait un rôle déterminant dans l’atteinte de cette cible. Les mines concernées pourraient générer à terme près de 800 000 onces d’or par an, soit plus de 22 tonnes supplémentaires de production annuelle.
Parallèlement, le groupe poursuit sa stratégie d’expansion avec d’autres acquisitions, notamment celle de Chifeng Jilong Mining, propriétaire de la mine ghanéenne de Wassa. Cette double offensive confirme la volonté de la Chine de consolider son influence dans l’industrie aurifère africaine, même si les impératifs de rentabilité et de gestion des risques imposent désormais un rythme plus mesuré aux opérations de croissance externe.



