Modernisation portuaire : Le pari du Guichet unique maritime pour fluidifier les échanges et renforcer l’attractivité des ports
Confronté à l’obligation internationale de dématérialiser les formalités portuaires et à une concurrence régionale de plus en plus vive, le Cameroun accélère la mise en place d’un Guichet unique maritime. Cette plateforme numérique, destinée à centraliser les procédures liées aux escales des navires, pourrait constituer un levier majeur de compétitivité pour les ports de Douala et Kribi. Mais sa réussite dépendra de la capacité des administrations à surmonter des défis juridiques, techniques et institutionnels encore importants.

Avec l’entrée en vigueur des nouvelles exigences de l’Organisation maritime internationale (OMI), les États membres sont désormais tenus de disposer d’un système électronique unique permettant la transmission des informations relatives aux mouvements des navires. Plus de deux ans après cette échéance, le Cameroun tente de combler son retard en lançant les travaux préparatoires de son Guichet unique maritime. Réuni à Douala fin mai, le comité interministériel chargé du projet a amorcé une réflexion visant à définir l’architecture d’un dispositif capable de centraliser l’ensemble des formalités administratives exigées lors de l’arrivée, du séjour et du départ des navires dans les ports nationaux. Au-delà de la conformité réglementaire, cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large d’amélioration des performances logistiques du pays.
Dans les ports camerounais, les opérateurs sont encore confrontés à une multiplicité d’intervenants et à des procédures souvent redondantes. Les mêmes informations peuvent être demandées à plusieurs administrations, entraînant des délais supplémentaires et des coûts administratifs élevés. L’objectif du Guichet unique maritime est précisément de supprimer ces doublons grâce à une plateforme numérique permettant aux armateurs, consignataires, autorités portuaires, Douanes et administrations sectorielles d’accéder à une base d’informations commune.
D’un point de vue économique, la réduction du temps de traitement des escales représente un enjeu considérable. Chaque journée gagnée dans le passage portuaire contribue à diminuer les coûts logistiques supportés par les importateurs et exportateurs. À terme, cette amélioration pourrait renforcer la compétitivité des entreprises camerounaises et rendre les ports nationaux plus attractifs pour les lignes maritimes internationales.
Le pays dispose déjà de plusieurs outils numériques opérationnels. Les Douanes exploitent leur système d’information CAMCIS, tandis que le Guichet unique des opérations du commerce extérieur s’appuie sur la plateforme e-GUCE. Les ports de Douala et Kribi ont également développé leurs propres solutions de gestion. Toutefois, ces systèmes fonctionnent encore de manière largement autonome. Le principal défi du futur Guichet unique maritime sera donc de connecter ces différentes plateformes afin de créer un environnement numérique cohérent. Cette interconnexion nécessitera un important travail d’harmonisation des données, de standardisation des procédures et de sécurisation des échanges d’informations. Sans cette étape, le risque serait de multiplier les outils numériques sans véritable simplification pour les usagers.
La transformation numérique du secteur portuaire ne se limite pas aux questions technologiques. Elle implique également une évolution du cadre réglementaire.
Le gouvernement devra notamment définir la valeur juridique des documents électroniques, préciser les responsabilités de chaque administration et encadrer le partage des données sensibles. Ces ajustements seront déterminants pour instaurer la confiance nécessaire au fonctionnement du système. Par ailleurs, la réforme exigera un changement profond des pratiques administratives. Le partage d’informations en temps réel et l’abandon progressif des circuits parallèles constitueront un test majeur
Le calendrier actuellement envisagé prévoit une mise en œuvre progressive sur environ deux années, avec des phases d’études, de développement, d’expérimentation puis de généralisation. Dans un contexte où les grands ports africains investissent massivement dans la digitalisation de leurs services, le Cameroun joue une partie importante de son avenir logistique. Les infrastructures portuaires de Douala et de Kribi sont appelées à servir non seulement le marché national, mais également plusieurs pays de l’hinterland d’Afrique centrale.
La réussite du Guichet unique maritime pourrait ainsi contribuer à réduire les coûts de transit, améliorer la fluidité des chaînes d’approvisionnement et renforcer la position du Cameroun comme plateforme logistique régionale. Reste désormais à préciser les modalités de financement, les délais effectifs de déploiement et les indicateurs de performance qui permettront de mesurer les gains réels de cette transformation numérique.



