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Recyclage d’actifs et titrisation : La BAD appelle les États africains à mobiliser davantage leurs ressources

Face à l’ampleur des besoins en infrastructures et à la contraction des financements extérieurs, la Banque africaine de développement (BAD) invite les pays du continent à explorer davantage des mécanismes financiers innovants. Dans son rapport Perspectives économiques en Afrique 2026, l’institution met en avant le recyclage d’actifs publics et la titrisation comme des leviers capables de libérer des capitaux considérables sans alourdir l’endettement des États.

Les infrastructures demeurent l’un des principaux défis du développement africain. Routes, chemins de fer, ports, aéroports ou encore réseaux énergétiques nécessitent des investissements massifs pour accompagner la croissance démographique et économique du continent.

Selon la Banque africaine de développement, le déficit de financement dans ce secteur atteint près de 1 300 milliards de dollars par an. Dans ce contexte, l’institution recommande aux gouvernements de recourir davantage au recyclage d’actifs, un mécanisme qui consiste à valoriser des infrastructures déjà opérationnelles en les confiant temporairement à des opérateurs privés contre une rémunération immédiate. Les ressources obtenues peuvent ensuite être réinvesties dans la réalisation de nouveaux projets structurants. Pour les finances publiques, l’avantage est double : mobiliser rapidement des capitaux tout en évitant une augmentation du stock de dette.

La BAD estime également que la titrisation pourrait jouer un rôle déterminant dans la transformation du financement des infrastructures africaines. Ce procédé permet de convertir des revenus futurs prévisibles, tels que les recettes de péages ou de concessions, en instruments financiers susceptibles d’être acquis par des investisseurs. Cette stratégie vise principalement les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les fonds souverains, qui disposent de ressources importantes mais peinent souvent à trouver des placements de long terme adaptés à leurs besoins.

D’un point de vue économique, la titrisation contribue à élargir les sources de financement, à réduire la pression sur le système bancaire et à créer un marché de capitaux plus dynamique. Plusieurs pays africains, notamment l’Afrique du Sud, le Maroc, le Kenya ou encore le Nigeria, ont déjà expérimenté ce type de mécanisme avec des résultats jugés encourageants.

Au-delà des financements extérieurs, la BAD souligne l’existence d’un important réservoir de capitaux sur le continent. Les actifs gérés par les banques, fonds de pension et fonds souverains africains sont estimés à près de 4 000 milliards de dollars. Pourtant, seule une fraction limitée de cette épargne est orientée vers les investissements productifs nationaux. Cette situation révèle un paradoxe : alors que les besoins en infrastructures restent immenses, les ressources financières locales demeurent sous-utilisées. Une meilleure intermédiation financière permettrait non seulement de financer davantage de projets, mais aussi de réduire la dépendance des économies africaines aux marchés internationaux et aux bailleurs de fonds extérieurs.

Toutefois, l’institution panafricaine rappelle que les innovations financières ne constituent pas une solution miracle. Leur efficacité dépend fortement de la qualité de la gouvernance publique et de la préparation des projets. Les pertes liées aux inefficiences dans la passation des marchés, le suivi des contrats ou encore la maintenance des infrastructures représenteraient près de 299 milliards de dollars chaque année. Pour la BAD, l’amélioration de la gestion des investissements publics pourrait dégager à elle seule des marges financières substantielles. L’enjeu est donc autant institutionnel que financier. Des cadres réglementaires crédibles, une meilleure répartition des risques dans les partenariats public-privé et un portefeuille solide de projets bancables apparaissent comme des préalables indispensables pour attirer durablement les investisseurs.

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