A la UneFinances publiques

Allocations familiales : Le Cameroun lance un vaste audit pour traquer les anomalies

Face à une hausse spectaculaire des dépenses liées aux allocations familiales dans la fonction publique, le ministère des Finances engage une opération nationale de vérification des bénéficiaires. L’objectif affiché est double : préserver les droits des agents en situation régulière tout en éliminant les irrégularités qui pèsent sur les finances de l’État. Cette campagne, qui s’étendra de juin à août 2026, constitue l’un des plus importants exercices d’assainissement des fichiers de la solde jamais entrepris au Cameroun.

Le gouvernement camerounais ouvre un nouveau chantier de rationalisation de la dépense publique. Le ministère des Finances annonce une opération d’envergure destinée à vérifier la régularité des allocations familiales versées aux agents de l’État.

Cette initiative intervient dans un contexte marqué par une progression particulièrement rapide des dépenses consacrées à cette prestation sociale. Selon les chiffres communiqués par l’administration financière, l’enveloppe budgétaire dédiée aux allocations familiales est passée de 21 milliards à 38 milliards de FCFA en moins de cinq ans. Une évolution jugée incompatible avec les tendances démographiques observées au sein de la fonction publique. La situation a davantage attiré l’attention des autorités après la revalorisation de l’allocation par enfant, portée à 4 500 FCFA en février 2024 contre 2 800 FCFA auparavant. Depuis lors, les données enregistrées dans le système de la solde ont révélé une augmentation inhabituelle du nombre d’enfants déclarés.

Les premiers contrôles effectués par les services compétents ont permis d’identifier plusieurs catégories d’irrégularités. Parmi celles-ci figurent des cas de doublons, des enfants déclarés simultanément par plusieurs bénéficiaires, ainsi que des incohérences liées aux dates de naissance. Certaines situations apparaissent particulièrement atypiques. Les autorités évoquent notamment une multiplication de déclarations de naissances multiples dont la fréquence dépasse largement les standards biologiques habituellement constatés. D’autres dossiers présenteraient des écarts d’âge incompatibles avec une même filiation maternelle.

Pour les experts en finances publiques, ces anomalies traduisent les limites des mécanismes de contrôle ayant accompagné la numérisation progressive de la gestion salariale de l’État. Elles mettent également en lumière la nécessité de renforcer les procédures de vérification documentaire avant toute prise en charge financière.

Au-delà de la lutte contre la fraude, l’opération répond à un impératif de soutenabilité budgétaire. Dans un contexte où les marges de manœuvre financières demeurent limitées, chaque dépense injustifiée réduit les capacités d’investissement public dans des secteurs prioritaires tels que l’éducation, la santé ou les infrastructures.

L’assainissement du fichier des allocations familiales s’inscrit ainsi dans une logique plus large de maîtrise de la masse salariale de l’État. Depuis plusieurs années, les partenaires techniques et financiers du Cameroun encouragent le renforcement des dispositifs de contrôle afin de limiter les risques de paiements indus et d’améliorer l’efficacité de la dépense publique. Sur le plan économique, la démarche pourrait générer des économies substantielles tout en améliorant la qualité des données utilisées pour la gestion des ressources humaines de l’administration.

L’ampleur de la tâche demeure considérable. Le fichier concerné recense plus de 923 000 enfants déclarés au titre des allocations familiales. Les autorités devront donc concilier l’exigence de contrôle avec la nécessité d’assurer la continuité du traitement mensuel des salaires. Les agents publics concernés seront invités à fournir plusieurs pièces justificatives, notamment un certificat de vie collectif des enfants, les actes de naissance correspondants ainsi qu’un document attestant de leur situation administrative. La collecte des dossiers est programmée en deux phases, du 25 juin au 15 juillet puis du 25 juillet au 15 août 2026, à travers les trésoreries régionales, certaines banques partenaires et plusieurs recettes des finances dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

8 + 5 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page