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SND30 : L’échec à mi-parcours d’une stratégie tant vantée

La Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, conçue pour propulser le Cameroun vers l’émergence économique à l’horizon 2035, peine à atteindre ses objectifs structurels. Taux de croissance ; réduction de la pauvreté ; taux d’accès à l’électricité ; capacité de production énergétique… Etc. À mi-parcours, la stratégie fait face à des défaillances majeures qui transforment ses ambitions initiales en véritables rendez-vous manqués.

Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND 30 publié par le ministère de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire témoigne d’une stratégie en panne. À en croire les données disponibles, il ressort que le taux de croissance envisagé à 8,5% en 2025 n’a pas été atteint. Sur la période 2020-2025, les taux de croissance ont respectivement été de 0,3% ; 3,3% ; 3,7% ; 3,2% ; 3,5% et 3,8%, loin du seuil projeté. Si le déficit global semble maitrisé à -1,4% du PIB, le déficit courant de la balance des paiements s’est amplifié jusqu’en 2023 atteignant -5,2% du PIB.  Bien que la masse monétaire ai légèrement progressé pour atteindre 27,7% du PIB. Le niveau de crédit est resté en dessous des attentes, s’établissant à 17,5% contre une prévision initiale de 23,2%, souligne le rapport d’évaluation.

Les inégalités gagnent du terrain

Segment clé de la stratégie, les autorités camerounaises s’étaient fixé pour objectif, de ramener le taux de pauvreté monétaire à 25% en 2030. Objectif : réduire significativement les inégalités.

Une ambition remise en cause par la 5e Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM5), principale opération statistique de mesure de la pauvreté au niveau national, publiée en mars 2024. D’après les chiffres, le taux de pauvreté en 2022, c’est-à-dire la proportion des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (813FCFA par jour) est de 37,7%. Un niveau de pauvreté correspondant à une proportion d’environ 10,1 millions de personnes, réparties dans l’ensemble du pays.  Sur le terrain, la pauvreté reste plus importante en milieu rural qu’en milieu urbain. Environ 56,8 % de la population recensé vit en milieu rural et en dessous du seuil de pauvreté.

Industries, infrastructures et énergie : des chiffres peu encourageants

Dans le secteur des industries et services, la stratégie envisageait un relèvement de la part des industries manufacturières de 17,7% en 2020 à 19,9% en 2025. Sur la période nommée, cet indicateur est resté inférieur à 14%. Par ailleurs, la part des industries manufacturières dans les exportations devrait passer de 23% en 2020 à 30% en 2025. L’évaluation révèle que l’indicateur est resté en deçà de 23,3% sur la période soumise à évaluation. Dans le secteur des infrastructures, la stratégie a prévu que la proportion du réseau bitumé passerait de 6% en 2020 à 12% en 2025. Les réalisations montrent que cette proportion a atteint 9,5% en 2025. Le taux d’accès à l’électricité devrait passer de 64,7% en 2020 à 95% en 2025. La réalisation est de 77,8% en 2025. Quant à la capacité de production énergétique, elle devrait passer de 1516 Mw en 2020 à 3500 Mw en 2025. La réalisation estimée en 2025 est de 2 280 Mw en 2025.

La SND 30, une stratégie sous les feux des critiques

Pointé du doigt par les experts économiques et les institutions internationales, l’échec de la SND 30 trouve ses sources autour de plusieurs facteurs bloquants.  De prime à bord, ils évoquent l’absence d’un cadre juridique fort. Comme ce fut le cas pour le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi) qui l’a précédé, la SND30 souffre d’une faiblesse réglementaire. Elle manque de contraintes coercitives face aux politiques sectorielles de certains ministères, entraînant un enchevêtrement institutionnel.

Par ailleurs l’inertie et l’opacité managériale constituent un autre justificatif. En effet, de nombreux observateurs fustigent le déni d’évaluation et l’inertie dans la mise en œuvre des réformes structurelles. Sans dissocier l’absence de sanction et le pilotage centralisé qui empêchent une adaptation rapide des chantiers.

Enfin, le déficit de gouvernance locale contribue à fragiliser la stratégie nationale de développement. Sous cet angle, les collectivités territoriales décentralisées ne parviennent pas à jouer pleinement leur rôle dans l’amélioration des conditions de vie, ce qui freine l’impact de la stratégie à la base.

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