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Corridor Douala-Bangui : 640 milliards FCFA pour fluidifier les échanges et renforcer l’économie régionale

La Banque mondiale a validé un vaste programme de modernisation du corridor Douala-Bangui, principal axe commercial reliant le Cameroun à la République centrafricaine. Dotée d’une enveloppe globale de 1,12 milliard de dollars, cette initiative vise à réduire les coûts logistiques, améliorer la compétitivité des échanges et soutenir la création de plusieurs milliers d’emplois. Au-delà des infrastructures routières, le projet ambitionne de transformer durablement l’intégration économique au sein de la CEMAC.

L’un des plus importants axes de transport d’Afrique centrale s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de développement. Le Groupe de la Banque mondiale a approuvé un programme d’investissement de 1,12 milliard de dollars américains, soit près de 640 milliards de FCFA, destiné à moderniser le corridor Douala-Bangui, une route commerciale de plus de 1 400 kilomètres qui assure l’essentiel des échanges entre le Cameroun et la République centrafricaine. Cette infrastructure représente un maillon essentiel de l’économie régionale. Pour la République centrafricaine, pays enclavé, elle constitue la principale porte d’accès aux marchés internationaux. Plus de quatre cinquièmes de ses importations et exportations transitent par cet itinéraire. Pour le Cameroun, le corridor consolide le rôle des ports de Douala et de Kribi comme plateformes logistiques majeures de la sous-région.

Une première phase largement orientée vers le Cameroun

Le programme sera exécuté par étapes. Une première phase de 525 millions de dollars, représentant environ 300 milliards de FCFA, a été retenue pour lancer les interventions prioritaires. Sur cette enveloppe, le Cameroun mobilisera près de 425 millions de dollars provenant de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et de l’Association internationale de développement (IDA). La République centrafricaine bénéficiera de 90 millions de dollars tandis qu’un financement régional sera attribué à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les ressources serviront notamment à réhabiliter des tronçons routiers dégradés, renforcer leur résilience face aux effets du changement climatique, installer des dispositifs de contrôle des charges des camions et développer des infrastructures logistiques destinées à améliorer la fluidité des flux commerciaux.

Réduire les coûts qui pénalisent la compétitivité

L’enjeu économique est considérable. Aujourd’hui, le transport de marchandises sur le corridor reste parmi les plus coûteux de la région. Le coût moyen peut dépasser 270 dollars par tonne, tandis que les délais d’acheminement s’étendent généralement entre neuf et douze jours. À ces contraintes s’ajoutent de nombreux obstacles administratifs. Les multiples postes de contrôle, les procédures parfois redondantes et les paiements informels alourdissent les charges des transporteurs et réduisent la compétitivité des entreprises opérant sur cet axe. Pour les économistes du développement, ces surcoûts se répercutent directement sur les prix des biens de consommation, limitent les investissements privés et affaiblissent les chaînes d’approvisionnement régionales. La modernisation du corridor pourrait ainsi générer des gains de productivité significatifs pour les opérateurs économiques des deux pays.

Un levier pour l’emploi et la croissance inclusive

Au-delà des infrastructures, la Banque mondiale met en avant les retombées socio-économiques du programme. Entre 2 000 et 4 000 emplois directs et indirects pourraient être créés durant la réalisation des différentes phases du projet. Les activités de maintenance routière devraient également générer plusieurs centaines d’emplois supplémentaires chaque année. Cette dimension est particulièrement importante dans des zones traversées par le corridor où les opportunités économiques restent limitées. L’amélioration de la connectivité devrait par ailleurs favoriser l’émergence de nouvelles activités autour du transport, du stockage, de la transformation agroalimentaire et des services logistiques. Les centres urbains situés le long de l’axe pourraient ainsi bénéficier d’un effet d’entraînement économique durable.

Le défi de la gouvernance des infrastructures

Si les financements sont désormais sécurisés, la réussite du projet dépendra largement de la qualité de sa mise en œuvre. L’expérience de nombreux programmes routiers en Afrique montre que la dégradation rapide des infrastructures résulte souvent d’un entretien insuffisant et d’un contrôle limité des surcharges des véhicules. Les autorités camerounaises, centrafricaines et les institutions régionales devront également s’attaquer aux dysfonctionnements qui ralentissent le transport transfrontalier. La réduction des contrôles abusifs, la digitalisation des procédures et la lutte contre les pratiques informelles apparaissent comme des conditions indispensables pour maximiser l’impact économique des investissements.

À terme, ce programme pourrait devenir l’un des projets structurants les plus importants de la décennie en Afrique centrale. En renforçant la circulation des marchandises, en améliorant la compétitivité des entreprises et en stimulant l’intégration régionale, le corridor Douala-Bangui est appelé à jouer un rôle déterminant dans la transformation économique de l’espace CEMAC et dans la consolidation de la position du Cameroun comme hub logistique régional.

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