A la UneMines & énergies

Énergie : La flambée du coût du gasoil ravive les fragilités de l’économie camerounaise

Alors que le Cameroun semblait progressivement retrouver une certaine stabilité des prix, la forte augmentation des coûts d'importation des carburants, notamment du gasoil, vient bouleverser les perspectives économiques. Derrière cette hausse se dessinent des risques multiples : accélération de l'inflation, renchérissement des coûts de production, pression sur les finances publiques et nouvelles interrogations sur la politique de stabilisation des prix des produits pétroliers.

Les tensions persistantes sur les marchés internationaux de l’énergie replacent le Cameroun face à une vulnérabilité qu’il croyait maîtrisée. En l’espace de quelques mois, le coût d’importation du gasoil a connu une progression spectaculaire, tandis que celui de l’essence super a également enregistré une hausse significative.Cette évolution intervient dans un contexte mondial marqué par les incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient, qui continuent de perturber les flux commerciaux et d’alourdir les coûts du transport maritime. Pour un pays comme le Cameroun, dont les besoins en produits raffinés sont essentiellement couverts par les importations depuis l’arrêt de la production de la Sonara à la suite de l’incendie de 2019, cette dépendance expose directement l’économie aux variations des marchés internationaux. Si les prix à la consommation restent encore relativement contenus, les économistes estiment que cette hausse des coûts constitue un indicateur avancé d’éventuelles tensions inflationnistes dans les prochains mois.

Le gasoil, véritable moteur de l’activité économique

Contrairement à l’essence, le gasoil occupe une place stratégique dans le fonctionnement de l’économie nationale. Il alimente aussi bien les camions transportant les marchandises que les engins agricoles, les groupes électrogènes des entreprises, les unités industrielles ou encore les chantiers du secteur du BTP. Son renchérissement dépasse donc largement la seule question énergétique. Chaque hausse du prix du gasoil entraîne mécaniquement une augmentation des coûts logistiques, qui finit par se répercuter sur les prix de nombreux biens et services.

Les transporteurs, confrontés à une augmentation de leurs dépenses d’exploitation, disposent de peu de marges pour absorber durablement ces surcoûts. À terme, les consommateurs pourraient supporter une partie importante de cette hausse à travers un renchérissement du coût du transport interurbain et du prix des marchandises. Les produits alimentaires figurent parmi les premiers concernés. Dans un pays où une grande partie des denrées est acheminée par route depuis les bassins agricoles vers les grands centres urbains, toute augmentation du coût du carburant influence directement le prix du panier de la ménagère.

Des entreprises confrontées à une hausse de leurs charges

Le secteur privé apparaît également parmi les principaux exposés à cette nouvelle conjoncture. Les industries fortement consommatrices d’énergie, les exploitations agricoles mécanisées ainsi que les entreprises dépendant des groupes électrogènes voient leurs coûts de fonctionnement progresser rapidement. Cette situation intervient alors que plusieurs entreprises continuent de composer avec un environnement marqué par le coût élevé du crédit, des difficultés logistiques et une demande intérieure encore fragile. Pour préserver leurs marges, de nombreuses sociétés pourraient être amenées à revoir leurs tarifs, alimentant ainsi une nouvelle vague de hausse des prix. D’autres pourraient différer certains investissements ou ralentir leurs recrutements, avec des conséquences sur la dynamique économique nationale.

L’État face à un arbitrage délicat

Au-delà des entreprises et des ménages, cette flambée des coûts d’importation place également les pouvoirs publics devant un choix complexe. Le système camerounais de stabilisation des prix des carburants permet jusqu’à présent d’éviter que les fluctuations internationales ne soient intégralement répercutées à la pompe. Mais plus les prix mondiaux augmentent, plus l’effort financier demandé à l’État devient important. L’expérience récente demeure particulièrement instructive. À la suite de la crise énergétique mondiale provoquée par la guerre en Ukraine, les dépenses consacrées au soutien des prix des carburants avaient atteint des niveaux exceptionnels, obligeant le gouvernement à engager une réforme progressive des prix à la pompe afin d’alléger le poids des subventions sur le budget national. Une nouvelle dégradation durable des marchés pétroliers pourrait remettre cette équation budgétaire au premier plan. Les autorités devront alors arbitrer entre la préservation du pouvoir d’achat des populations et la nécessité de maintenir l’équilibre des finances publiques.

Une inflation encore maîtrisée, mais sous surveillance

Malgré ces tensions, les principaux indicateurs montrent que l’inflation reste pour l’instant en dessous du seuil communautaire fixé au sein de la Cemac. Cette situation traduit une certaine résilience de l’économie camerounaise face aux chocs extérieurs. Cependant, les spécialistes rappellent que les effets d’une hausse du coût des carburants se diffusent généralement avec plusieurs semaines, voire plusieurs mois de décalage. Les secteurs du transport, de l’agriculture, de la distribution et de l’industrie constituent les principaux canaux de transmission de cette inflation importée. L’évolution des prochains mois dépendra largement de la situation géopolitique internationale. Un apaisement des tensions dans les principales zones de production pétrolière pourrait permettre un reflux des cours mondiaux et limiter les répercussions sur l’économie camerounaise. À l’inverse, une aggravation des perturbations prolongerait la hausse des coûts d’approvisionnement.

Une dépendance énergétique qui interroge

Au-delà des fluctuations conjoncturelles, cette nouvelle poussée des coûts met en lumière une faiblesse structurelle de l’économie camerounaise : sa forte dépendance vis-à-vis des importations de produits pétroliers raffinés. Plus de six ans après l’arrêt de la raffinerie nationale, le pays demeure exposé aux chocs extérieurs sur lesquels il ne dispose d’aucun levier d’action. Cette situation relance le débat sur la sécurisation des approvisionnements énergétiques, la modernisation des infrastructures nationales et l’accélération de la diversification des sources d’énergie. En attendant d’éventuelles réponses structurelles, la hausse actuelle du coût du gasoil apparaît comme un signal d’alerte. Si elle devait s’inscrire dans la durée, ses effets pourraient progressivement se propager à l’ensemble de l’économie, affectant simultanément la compétitivité des entreprises, le pouvoir d’achat des ménages et les équilibres budgétaires de l’État.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

6 + 4 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page