Paludisme au Cameroun : Les communautés placées au cœur de l’évaluation des services de santé
À travers le suivi dirigé par la communauté (Community Led Monitoring – CLM), les populations deviennent des acteurs de la lutte contre le paludisme en documentant elles-mêmes les difficultés rencontrées dans l’accès aux services de prévention et de prise en charge. Présentés lors d’un briefing média organisé le 25 juin 2026 par Impact Santé Afrique (ISA), les résultats des bulletins CLM mettent en évidence l’importance des données communautaires pour améliorer les politiques publiques et renforcer la redevabilité des autorités sanitaires.

La lutte contre le paludisme ne se limite pas aux statistiques produites par les établissements de santé. Derrière les chiffres se cachent des expériences vécues par les populations, souvent absentes des rapports officiels. C’est précisément ce que cherche à mettre en lumière le suivi dirigé par la communauté (CLM), une approche qui donne directement la parole aux citoyens confrontés aux difficultés d’accès aux services de santé. Mis en œuvre par Impact Santé Afrique (ISA), ce mécanisme repose sur une collecte régulière d’informations auprès des personnes les plus exposées à la maladie. Les agents communautaires et les organisations de la société civile sillonnent les localités afin de recueillir les témoignages des usagers sur la disponibilité des médicaments, l’effectivité de la gratuité des soins, la qualité de l’accueil ou encore l’information destinée aux groupes vulnérables, notamment les femmes enceintes.
L’objectif du CLM est de dépasser le stade des plaintes individuelles en produisant des données fiables susceptibles d’orienter les décisions. Chaque information recueillie est intégrée dans une base de données sécurisée avant d’être analysée. Cette démarche permet d’identifier les dysfonctionnements récurrents, mais également les pratiques qui donnent de bons résultats.Selon la présentation faite lors du briefing média, le suivi communautaire répond à trois préoccupations essentielles : identifier ce qui fonctionne, comprendre les obstacles rencontrés par les populations et proposer des pistes d’amélioration adaptées aux réalités du terrain. Les informations ainsi collectées alimentent des tableaux de bord, des bulletins de suivi, des rapports d’analyse ainsi que des notes de plaidoyer destinées aux autorités sanitaires et aux partenaires techniques.
Pour les responsables d’Impact Santé Afrique, la finalité du CLM ne consiste pas à dénoncer les insuffisances du système de santé, mais à instaurer un dialogue constructif entre les communautés et les institutions en charge de la lutte contre le paludisme. Les résultats sont régulièrement partagés avec le ministère de la Santé publique, le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), les collectivités territoriales ainsi que d’autres partenaires. Ces échanges permettent d’identifier des solutions concrètes aux difficultés observées sur le terrain et de renforcer l’efficacité des interventions. En s’appuyant sur des preuves issues directement des communautés, cette approche contribue également à améliorer la transparence et la redevabilité des acteurs du secteur de la santé.
Les organisateurs du briefing ont également insisté sur le rôle déterminant des médias dans la diffusion des résultats du suivi communautaire. Les données produites n’ont d’impact que si elles sont portées à la connaissance du grand public et des décideurs. En relayant les constats issus du CLM, les journalistes participent à la sensibilisation des populations, tout en contribuant à maintenir la pression sur les institutions afin que les engagements pris en faveur de l’accès aux soins soient effectivement respectés.
Au-delà de l’information, cette médiatisation favorise la mobilisation des collectivités, des partenaires techniques et financiers ainsi que des leaders communautaires autour des solutions susceptibles de renforcer la lutte contre le paludisme au Cameroun. À travers cette démarche participative, les communautés ne sont plus de simples bénéficiaires des politiques de santé. Elles deviennent des acteurs de changement dont les observations, désormais documentées et analysées, constituent un levier essentiel pour améliorer la qualité, l’accessibilité et l’équité des services de lutte contre le paludisme.



