Épargne nationale : La CDEC veut transformer les transferts de la diaspora en moteur durable d’investissement
Les envois de fonds des Camerounais vivant à l’étranger atteignent désormais un niveau comparable à certaines grandes sources de financement extérieur. Face à cette progression, la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) prépare un mécanisme destiné à convertir une partie de ces ressources en épargne de long terme au service de l’économie nationale. Si le potentiel est considérable, le succès du projet dépendra essentiellement de la capacité des pouvoirs publics à instaurer un climat de confiance durable auprès de la diaspora.

Les transferts de la diaspora camerounaise s’imposent progressivement comme l’un des principaux flux financiers alimentant l’économie nationale. En 2024, ces envois de fonds ont atteint près de 652 milliards de FCFA, selon les chiffres repris par la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC), illustrant une progression régulière par rapport à l’année précédente. Dans un contexte où les États africains cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de l’endettement extérieur, ces ressources privées apparaissent comme un levier de financement particulièrement attractif. Contrairement aux emprunts souverains, elles ne créent aucune dette publique et présentent une remarquable stabilité, même lors des périodes de ralentissement économique. C’est dans cette logique que la CDEC a présenté les résultats du projet DIASDEV au cours d’une conférence organisée à Yaoundé autour du thème de l’épargne nationale et de son rôle dans le financement de l’économie.
Transformer une épargne familiale en capital productif
L’objectif poursuivi par le projet ne consiste pas à détourner les transferts destinés aux familles. Une grande partie des fonds envoyés par les Camerounais de l’étranger reste indispensable pour couvrir les dépenses de santé, d’éducation, d’alimentation ou de logement. L’ambition est plutôt d’offrir aux expatriés un instrument sécurisé leur permettant de consacrer volontairement une fraction de leur épargne à des investissements productifs. L’idée est de convertir une partie des liquidités aujourd’hui dispersées en ressources longues susceptibles de financer des projets créateurs de richesse. Cette approche rejoint les stratégies développées dans plusieurs économies émergentes où la diaspora participe activement au financement d’infrastructures, de logements sociaux ou de projets industriels grâce à des produits d’épargne spécialement conçus pour répondre à leurs attentes.
Une architecture financière encore en construction
La CDEC rappelle toutefois qu’elle n’a pas vocation à exercer les activités d’une banque commerciale. Son intervention devrait donc s’inscrire dans un modèle de coordination plutôt que de distribution directe. Le futur dispositif pourrait s’appuyer sur les établissements bancaires et les institutions de microfinance pour assurer la collecte des fonds, tandis que la CDEC assurerait la structuration des mécanismes, la sécurisation des ressources et leur orientation vers des investissements de long terme. Trois configurations restent actuellement étudiées. La première repose sur une épargne bancaire de courte durée. La deuxième privilégie des dépôts à terme offrant une immobilisation plus longue des capitaux. La troisième envisage un produit financier adossé à des fonds d’investissement.
Le choix final devra trouver un équilibre entre attractivité pour les épargnants et besoins de financement de l’économie.
La confiance, véritable capital du projet
Au-delà de l’ingénierie financière, le principal défi demeure celui de la crédibilité. Les Camerounais établis à l’étranger disposent aujourd’hui d’un large éventail de solutions d’investissement dans leurs pays de résidence. Pour les convaincre de placer une partie de leur épargne dans un mécanisme national, plusieurs garanties devront être réunies. Les investisseurs potentiels attendront notamment une rémunération compétitive, une protection juridique solide, une gouvernance transparente ainsi qu’un suivi régulier de l’utilisation effective des fonds. L’expérience internationale montre que les produits destinés aux diasporas obtiennent leurs meilleurs résultats lorsque les souscripteurs peuvent mesurer concrètement l’impact économique de leur épargne sur les infrastructures, les entreprises ou les projets qu’ils contribuent à financer.
Un enjeu majeur pour le financement du développement
Le projet DIASDEV bénéficie de l’appui technique de partenaires internationaux, notamment dans le cadre d’un programme soutenu par l’Agence française de développement, Expertise France et le Forum des Caisses de Dépôt. Plusieurs administrations camerounaises, la BEAC, des établissements financiers ainsi que des organismes publics participent également à son élaboration. Au-delà du lancement d’un nouveau produit d’épargne, cette initiative traduit une évolution plus profonde de la stratégie de financement du développement. Les autorités cherchent à mieux valoriser les ressources internes afin de compléter les financements publics, les investissements étrangers et les concours des partenaires internationaux.
Sur le plan macroéconomique, une mobilisation réussie d’une fraction des 652 milliards de FCFA transférés chaque année pourrait renforcer les capacités d’investissement dans des secteurs à fort effet d’entraînement tels que les infrastructures, les PME industrielles, le logement, l’agriculture moderne ou encore l’innovation technologique. Le projet ouvre ainsi une nouvelle réflexion sur la place économique de la diaspora camerounaise. Longtemps considérée principalement comme un soutien financier aux familles, elle pourrait progressivement devenir un acteur majeur du financement de la transformation économique du pays. Mais cette ambition ne pourra se concrétiser que si les mécanismes proposés inspirent suffisamment confiance pour convaincre les épargnants de s’engager sur le long terme.



