Coopération économique : Le Cameroun et l’Algérie accélèrent leur rapprochement économique avec des investissements ciblés dans l’agriculture
Le Cameroun et l’Algérie franchissent une nouvelle étape dans leur coopération économique. En visite à Yaoundé, les responsables de la holding publique algérienne MADAR ont affiché leur volonté d’investir dans plusieurs filières agricoles camerounaises et d’accroître les importations de produits locaux vers le marché algérien. Cette dynamique intervient alors que les deux États finalisent une quinzaine d’accords économiques destinés à intensifier les échanges commerciaux et les investissements.

Les relations économiques entre Yaoundé et Alger prennent une nouvelle dimension. Reçu le 8 juillet 2026 par le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, l’ambassadeur d’Algérie au Cameroun, Abdallah Boukemmache, était accompagné d’Adel Khemane, directeur général de la holding publique algérienne MADAR, deuxième groupe économique d’Algérie. La présence du dirigeant de ce conglomérat témoigne de la volonté des autorités algériennes de passer d’une coopération diplomatique à des projets d’affaires concrets. Présente dans plusieurs secteurs industriels et agroalimentaires, MADAR souhaite développer des partenariats avec les entreprises camerounaises, en privilégiant les investissements directs et les achats de produits agricoles destinés au marché algérien. Les premières discussions portent sur le café et la banane, deux filières où la demande algérienne est importante. Mais les échanges ont également ouvert la voie à une coopération dans le cacao, le coton et d’autres segments de l’agro-industrie.
Cette visite intervient à quelques semaines de la cinquième session de la Commission mixte Cameroun-Algérie, qui devrait se tenir à Yaoundé. Selon les autorités algériennes, plus de quinze accords sont actuellement en cours de finalisation dans différents domaines économiques. Au-delà des textes, Alger affirme vouloir accélérer leur mise en œuvre. L’objectif est de favoriser les investissements productifs au Cameroun, tout en augmentant les importations de produits camerounais. Cette orientation traduit une approche davantage fondée sur le partenariat industriel que sur une simple relation commerciale. Les deux pays constatent déjà une progression des échanges. Les exportations camerounaises vers l’Algérie ont plus que doublé entre 2023 et 2024, tandis que la desserte aérienne entre Alger et Douala a été renforcée avec quatre rotations hebdomadaires. La hausse des demandes de visas illustre également l’intensification des relations économiques entre les deux partenaires.
Pour le Cameroun, l’intérêt de ce rapprochement réside dans la diversification des débouchés commerciaux. Alors que les exportations agricoles restent largement orientées vers l’Europe et l’Asie, l’ouverture du marché algérien pourrait réduire la dépendance vis-à-vis des marchés traditionnels. Les rencontres programmées à Douala avec l’Office national du cacao et du café (ONCC), le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) ainsi qu’avec la Société des Plantations du Haut Penja (PHP) visent à accélérer les négociations afin de lancer rapidement les premières opérations commerciales.
Au-delà des contrats envisagés, cette initiative s’inscrit dans une stratégie de coopération Sud-Sud de plus en plus affirmée sur le continent africain. L’ambition est de développer des chaînes de valeur régionales où les investissements accompagnent les échanges commerciaux et favorisent la transformation locale des matières premières. L’annonce prochaine d’un forum d’affaires réunissant des opérateurs économiques algériens et camerounais confirme cette orientation. Si les engagements annoncés se concrétisent, le partenariat entre Yaoundé et Alger pourrait devenir un levier important de diversification des investissements étrangers au Cameroun et renforcer l’intégration économique entre les deux pays africains.



