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Afrique de l’Ouest : La croissance économique progresse, mais les travailleurs restent les grands oubliés

L’économie ouest-africaine a retrouvé un rythme de croissance soutenu en 2025, portée par une baisse de l’inflation, un assainissement des finances publiques et une amélioration des comptes extérieurs. Toutefois, selon les conclusions du rapport West African Development Outlook (WADO) 2026 de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), cette embellie macroéconomique ne s’est pas traduite par une amélioration des conditions de vie des populations actives, révélant les limites d’une reprise encore peu inclusive.

Après plusieurs années marquées par les effets de la pandémie de Covid-19 et des tensions géopolitiques mondiales, les économies de la CEDEAO ont affiché en 2025 des indicateurs globalement encourageants. La croissance régionale s’est établie à 4,8 %, tandis que la décrue de l’inflation a contribué à stabiliser l’environnement économique.

Dans le même temps, les États ont renforcé la discipline budgétaire. Le déficit public régional s’est réduit, reflet d’une amélioration des recettes fiscales et d’une meilleure maîtrise des dépenses publiques. L’endettement a également diminué, alors que les comptes extérieurs sont repassés en territoire excédentaire, traduisant une amélioration des échanges avec le reste du monde. Ces performances témoignent d’une capacité de résilience des économies ouest-africaines malgré un contexte international toujours marqué par l’incertitude.

Derrière ces résultats macroéconomiques se cache cependant une réalité sociale beaucoup plus préoccupante. Le rapport souligne que la pauvreté des travailleurs continue de progresser dans l’ensemble des pays de la sous-région. Autrement dit, la création de richesse ne se traduit pas encore par une amélioration des revenus des ménages ni par une augmentation significative des emplois productifs. Cette situation met en évidence un décalage entre les performances économiques nationales et les conditions de vie des populations. Pour les économistes de la BIDC, la croissance observée demeure insuffisamment inclusive. Les gains enregistrés profitent davantage aux équilibres macroéconomiques qu’au pouvoir d’achat des travailleurs, notamment ceux évoluant dans le secteur informel, qui représente une part importante de l’emploi en Afrique de l’Ouest.

L’environnement international continue par ailleurs de faire peser de fortes incertitudes sur les perspectives régionales. Après la pandémie de Covid-19 et les conséquences de la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient constitue un nouveau facteur de vulnérabilité. La hausse des prix des hydrocarbures et les tensions sur l’approvisionnement en engrais risquent d’alimenter une nouvelle poussée inflationniste et d’accroître les pressions sur les finances publiques, plusieurs gouvernements ayant déjà recours à des subventions énergétiques pour protéger les consommateurs. Malgré ces contraintes, la BIDC table sur une croissance de 4,7 % en 2026, avant une légère accélération à 4,9 % en 2027.

Face à la répétition des crises internationales, la Banque appelle les pays ouest-africains à accélérer leur transformation structurelle. Le développement de capacités locales de raffinage du pétrole, de fabrication d’engrais et de production agricole apparaît désormais comme un impératif stratégique afin de réduire la dépendance aux marchés extérieurs. Au-delà des performances économiques, le véritable défi consiste désormais à convertir la croissance en emplois décents, en hausse des revenus et en amélioration durable du niveau de vie. Pour la sous-région, la solidité des indicateurs macroéconomiques ne pourra être considérée comme un succès que lorsqu’elle se traduira par un recul effectif de la pauvreté et une prospérité davantage partagée.

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