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Route Ebolowa-Akom II-Kribi : Une garantie britannique de 130 milliards FCFA relance un corridor stratégique pour le port de Kribi

Après plus d’une décennie d’attente, le projet de bitumage de la route Ebolowa-Akom II-Kribi franchit une étape décisive. Le financement principal de 198,3 millions d’euros (près de 130 milliards de FCFA), garanti par l’agence britannique UK Export Finance (UKEF) et structuré par Standard Chartered Bank, devrait permettre de lancer cet axe de plus de 160 kilomètres, considéré comme essentiel pour le développement économique du Sud-Cameroun et le renforcement de l’intégration sous-régionale. Au-delà de la construction de la route, l’opération illustre le recours croissant du Cameroun aux mécanismes innovants de financement des infrastructures.

Le projet de bitumage de la route reliant Ebolowa à Kribi via Akom II bénéficie désormais d’un montage financier qui réduit considérablement les risques pour les prêteurs. Standard Chartered Bank a arrangé une enveloppe globale composée d’un prêt garanti de 198,3 millions d’euros, soit environ 130 milliards de FCFA, auquel s’ajoute un financement commercial de 11,9 millions d’euros, représentant près de 7,8 milliards de FCFA. La convention de financement, conclue en mai 2026 avec le gouvernement camerounais, intervient dans un contexte où plusieurs grands projets d’infrastructures ont longtemps souffert de difficultés de mobilisation des ressources financières. En garantissant la majeure partie du prêt, UK Export Finance améliore la crédibilité de l’opération auprès des bailleurs et facilite la mise à disposition des fonds.

Pourquoi le Royaume-Uni soutient le projet

L’intervention de UK Export Finance ne constitue pas une aide classique au développement. L’agence britannique accompagne avant tout les entreprises du Royaume-Uni engagées sur les marchés internationaux. Dans le cas du projet camerounais, plusieurs sociétés britanniques participent à la fourniture d’équipements et de services. Cette présence permet à l’agence de garantir une partie du financement tout en soutenant les exportations britanniques. Ce modèle de financement est aujourd’hui largement utilisé par les grandes puissances économiques pour accompagner leurs entreprises à l’étranger tout en contribuant au développement des infrastructures des pays partenaires. L’entreprise ICM Construction Limited, filiale britannique d’un groupe italien chargé de l’exécution des travaux, ainsi que DINTS International Limited figurent parmi les entreprises concernées par cette chaîne d’approvisionnement.

Un corridor économique attendu depuis quinze ans

Longue d’environ 162 kilomètres, la route Ebolowa-Akom II-Kribi fait partie des projets structurants annoncés depuis plusieurs années sans jamais parvenir au stade de réalisation. Présenté dès 2011 comme un levier majeur pour désenclaver la région du Sud, le projet avait finalement obtenu un contrat de construction en 2022, sans que les travaux ne puissent réellement démarrer faute de financement sécurisé. La nouvelle architecture financière pourrait ainsi lever le principal obstacle qui bloquait le chantier depuis plus d’une décennie.

Un enjeu stratégique autour du port de Kribi

L’importance économique de cette route dépasse largement le seul cadre régional. Elle constitue l’un des principaux axes devant alimenter le port en eau profonde de Kribi, devenu progressivement l’une des infrastructures logistiques les plus stratégiques d’Afrique centrale. Le futur corridor permettra de réduire les coûts de transport, d’améliorer la circulation des marchandises agricoles, forestières et minières et de raccourcir les délais d’acheminement vers le port. Pour les entreprises implantées dans les bassins de production du Sud, une route entièrement bitumée représente également une diminution des pertes liées aux difficultés d’accès pendant la saison des pluies.

Une pièce supplémentaire dans la stratégie d’intégration régionale

Au-delà de l’économie nationale, l’infrastructure s’inscrit dans la politique camerounaise de développement des corridors reliant le port de Kribi aux pays voisins. L’amélioration de cet axe devrait faciliter les échanges commerciaux avec le Gabon, le Congo, le Tchad et la République centrafricaine, renforçant ainsi le positionnement du Cameroun comme plateforme logistique de la sous-région. Cette dynamique accompagne les investissements déjà réalisés au port de Kribi, sur les réseaux ferroviaires et dans les zones industrielles destinées à accroître la compétitivité du commerce régional.

Un modèle de financement appelé à se développer

Sur le plan économique, cette opération illustre l’évolution des modes de financement des infrastructures africaines. Face à des besoins croissants et à des marges budgétaires limitées, les États s’appuient de plus en plus sur les agences de crédit à l’exportation, capables de partager les risques avec les banques commerciales. Ce mécanisme permet de mobiliser des capitaux privés à des conditions généralement plus favorables que celles offertes par un financement exclusivement commercial.

Pour le Cameroun, cette formule pourrait ouvrir la voie à d’autres projets structurants, notamment dans les secteurs des transports, de l’énergie et des infrastructures portuaires. Le véritable défi reste désormais celui de l’exécution. Après quinze années de reports, les attentes sont fortes autour du démarrage effectif des travaux et du respect des délais annoncés. La réussite de ce chantier constituera un test important pour la crédibilité des futurs montages financiers destinés à accompagner la transformation des infrastructures nationales.

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