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Marchés financiers : La CEMAC finance l’entrée en Bourse de quatre entreprises pour relancer la BVMAC

En décidant de prendre en charge les coûts d’introduction en Bourse de quatre entreprises de la sous-région, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) cherche à accélérer le développement de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). Soutenue par un financement de la Banque africaine de développement (BAD), cette initiative ambitionne de lever l’un des principaux obstacles à la cotation. Toutefois, au-delà de la question financière, le défi reste celui de l’élargissement durable du nombre d’entreprises prêtes à ouvrir leur capital et à renforcer leur gouvernance.

La réforme du marché financier régional franchit une nouvelle étape. Quatre sociétés ont été retenues dans le cadre d’un mécanisme destiné à couvrir les dépenses liées à leur introduction à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). L’annonce a été faite par l’Unité de gestion des réformes des institutions financières de la CEMAC, structure placée sous la supervision de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Les entreprises retenues sont Samb’a Assurances, compagnie gabonaise spécialisée dans la micro-assurance, Gabon Power Company, Façade Maritime Champ Triomphal, deux filiales du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), ainsi que Cameroon Hotel Corporation. Grâce à un financement de la Banque africaine de développement (BAD) de près de 143 millions de FCFA, les bénéficiaires verront pris en charge les principaux frais liés au processus de cotation, notamment les commissions réglementaires, les frais d’admission et une partie des prestations juridiques et techniques nécessaires à l’opération.

Une réponse à un frein identifié depuis plusieurs années

Le coût d’une introduction en Bourse est régulièrement présenté comme l’un des facteurs qui découragent les entreprises de la sous-région. Pour de nombreuses PME et sociétés de taille intermédiaire, ces dépenses s’ajoutent aux exigences de restructuration financière, de transparence comptable et de gouvernance imposées par les marchés financiers. En réduisant cette charge financière, les autorités régionales espèrent accroître le nombre de sociétés candidates et dynamiser un marché qui peine encore à atteindre une taille critique. Le premier appel à candidatures lancé en 2025 n’avait d’ailleurs enregistré aucun dossier recevable. La nouvelle campagne, ouverte en 2026, a suscité davantage d’intérêt, signe que les mesures d’incitation commencent progressivement à produire leurs effets.

La profondeur du marché demeure le principal défi

Malgré cette avancée, la BVMAC reste l’une des places boursières les moins développées du continent. Depuis la fusion des marchés de Douala et de Libreville en 2019, seules trois entreprises ont effectivement rejoint la cote : SCG-Ré, BGFI Holding Corporation et Bange Bank. Cette situation contraste avec celle de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) de l’Afrique de l’Ouest, qui regroupe plusieurs dizaines de sociétés cotées et affiche une capitalisation largement supérieure. Au-delà des coûts, les spécialistes soulignent que de nombreux dirigeants restent réticents à ouvrir leur capital, par crainte des obligations de transparence financière, de la publication régulière des résultats et du contrôle accru des investisseurs. Le fait que trois des quatre entreprises sélectionnées soient contrôlées par des capitaux publics illustre cette prudence persistante du secteur privé.

Un enjeu stratégique pour le financement des économies

Sur le plan économique, l’élargissement de la cote constitue pourtant un levier essentiel pour diversifier les sources de financement des entreprises de la CEMAC. Un marché boursier plus dynamique permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis du crédit bancaire, d’attirer une épargne de long terme et d’offrir aux investisseurs institutionnels davantage d’opportunités de placement. L’introduction de BGFI Holding Corporation en mai 2026 a montré le potentiel de ce marché en faisant fortement progresser la capitalisation de la BVMAC. Si les quatre entreprises retenues finalisent effectivement leur entrée en Bourse, elles pourraient renforcer la crédibilité de la place financière régionale et créer un effet d’entraînement auprès d’autres entreprises. Pour autant, le succès de cette stratégie dépendra moins de la prise en charge ponctuelle des coûts que de la capacité des États et des institutions financières à instaurer un environnement de confiance, où la gouvernance d’entreprise, la transparence et la liquidité du marché deviendront des standards. C’est à cette condition que la BVMAC pourra pleinement jouer son rôle de moteur du financement de l’économie en Afrique centrale.

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