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Électricité : Prometal s’allie à EDC, la Socadel craint l’asphyxie

L’affaire Prometal-Socadel-EDC illustre la bataille stratégique du secteur électrique camerounais. Opposant les besoins d’expansion industrielle à haute tension du sidérurgiste aux impératifs de rentabilité d’EDC et à l’équilibre financier de la Socadel, le distributeur historique. L’arbitrage de la Primature reste désormais attendu dans cette guerre de comptes qui pourrait rebattre les cartes de l’architecture énergétique au Cameroun.

Sous le ciel de Yaoundé, le projet gouvernemental autorisant le sidérurgiste Prometal à acheter l’énergie directement chez Electricity Development Corporation (EDC) ravive des inquiétudes. Si l’énergie concernée proviendrait du barrage de Memve’élé, géré par EDC dont la capacité installée atteint 211 MW, et que cette dernière transitera par les infrastructures de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) jusqu’aux usines de Prometal implantées dans la zone industrielle de Douala-Bassa. À la Société camerounaise d’électricité (Socadel), la pilule semble amère.

L’évaluation complète, l’argument secret de la Socadel

Pour marquer son désaccord face à l’ambition portée par le gouvernement, Antoine Ntsimi, le président du conseil d’administration de la Socadel a, le 8 juin 2026, adressé une correspondance au Premier ministre, Joseph Dion Ngute. Selon le document consulté, le chef du gouvernement est invité à « surseoir à toute signature ou finalisation du contrat bilatéral de fourniture directe d’énergie entre EDC et Prometal, ainsi que des conventions qui lui sont associées, jusqu’à l’achèvement d’une évaluation complète de ses implications institutionnelles, financières, techniques et sectorielles ».

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un raccordement physique direct de Prometal aux barrages gérés par EDC, mais d’un contrat bilatéral de fourniture qui repose essentiellement sur l’utilisation du réseau national de transport. Le PCA s’offusque de cette opération et révèle qu’elle pourrait davantage déséquilibrer l’ensemble du secteur de l’électricité et accentuer les tensions de trésorerie de la Socadel, dont la dette culmine à environ 800 milliards de FCFA.

Si le montant des recettes que pourrait perdre la Socadel suite au départ de Prometal n’est pas connu. Antoine Ntsimi dans sa missive au Premier ministre assure que, « La restructuration engagée du secteur repose précisément sur la consolidation du portefeuille clientèle de la Socadel, l’amélioration durable de ses performances financières et le renforcement de sa capacité d’investissement. Or, le retrait de son principal client industriel produirait exactement l’effet inverse de celui recherché par les pouvoirs publics ».

Plusieurs milliards de FCFA en recettes attendus

Alors que les données rendues publiques par Prometal précisent que l’entreprise à payé environ 42 milliards de FCFA de facturation électrique entre 2016 et 2025. Les recettes projetées dans le cadre du contrat de fourniture pourraient générer environ 12 milliards de FCFA par an. Ce qui suscite déjà de riches espoirs chez EDC qui rêve de la perspective d’encaisser directement ces ressources.

D’ailleurs au sein de EDC, une source interne se réjouit et précise que, « Le modèle économique d’EDC repose notamment sur la rémunération des infrastructures hydroélectriques et sur la mobilisation de ressources destinées à développer de nouveaux projets. Mais, avec l’irrégularité des paiements liée aux difficultés de la Socadel, notre principal client, il est difficile de déployer ce modèle. L’arrivée de Prometal devrait nous permettre de disposer de ressources pour faire avancer plusieurs projets énergétiques encore à l’étude ».

Outre EDC, la Sonatrel devrait encaisser un chèque non négligeable. À titre illustratif, le contrat d’accès au réseau de transport conclu avec Prometal pour le passage du sidérurgiste à la haute tension procurerait déjà environ 4 milliards de FCFA de recettes annuelles au transporteur national.  Des ressources qui contribueront à améliorer la trésorerie de l’entreprise publique, sa capacité à financer l’entretien et l’extension du réseau de transport.

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