Céréales : Les échanges intra-CEDEAO restent freinés par les restrictions nationales malgré un marché de plus de 311 millions de dollars
Malgré la libre circulation des marchandises promue par la CEDEAO, le commerce régional des céréales demeure soumis aux arbitrages des États entre sécurité alimentaire et développement des échanges. La récente décision du Burkina Faso de réautoriser les exportations de farine de céréales illustre les tensions qui persistent autour d’un marché où l’informel occupe une place prépondérante.

Après près de quatre années de suspension, le Burkina Faso a décidé de remettre en circulation les exportations de farine de mil, de maïs et de sorgho. Les autorités expliquent cette mesure par la nécessité d’écouler les stocks accumulés par les industries locales de transformation, dans un contexte où la demande intérieure ne suffit plus à absorber toute la production. Cette décision intervient alors que plusieurs pays ouest-africains ont, ces dernières années, multiplié les restrictions commerciales sur les produits agricoles afin de contenir l’inflation alimentaire et de préserver leurs réserves. Si ces mesures répondent à des impératifs de sécurité alimentaire, elles perturbent également les échanges régionaux et réduisent les débouchés des producteurs.
Selon une étude publiée en 2025 par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’OCDE, les produits céréaliers représentent près de 13 % de la valeur du commerce alimentaire intra-régional, soit environ 311 millions de dollars par an entre 2014 et 2022. Cette performance reste toutefois largement en dessous de la réalité économique. Le rapport estime que près de 84 % des échanges céréaliers échappent aux statistiques officielles. Une grande partie du commerce s’effectue par des circuits transfrontaliers informels, animés par des milliers de commerçants qui approvisionnent quotidiennement les marchés locaux. Ce poids de l’informel souligne à la fois la vitalité des échanges régionaux et les limites des systèmes de collecte de données. Il rend également plus complexe la mise en œuvre de politiques agricoles adaptées aux besoins réels des populations.
Les flux commerciaux sont dominés par le maïs, qui concentre environ 35 % des échanges céréaliers enregistrés. Sa large consommation, aussi bien pour l’alimentation humaine que pour l’élevage, en fait la principale céréale échangée entre les pays de la région. Le riz arrive en deuxième position avec 31 % des échanges, devant la farine de blé (17 %). Le mil et le sorgho représentent respectivement 7 % et 4 %, tandis que les autres céréales occupent une place plus marginale. Ces échanges répondent à une logique de complémentarité. Les bassins de production alimentent les zones déficitaires selon les saisons, permettant de limiter les ruptures d’approvisionnement et les flambées de prix.
Le corridor reliant le Niger au Nigeria figure parmi les axes les plus dynamiques du commerce céréalier régional. Les deux pays échangent régulièrement différentes céréales, illustrant l’interdépendance des économies sahéliennes et côtières. Le Bénin occupe également une position stratégique. Le pays exporte du maïs vers le Nigeria tout en s’approvisionnant auprès du Togo. Il sert aussi de plateforme logistique pour le transit et la réexportation de riz vers plusieurs marchés voisins, profitant de sa façade maritime et de ses infrastructures commerciales. Ces flux démontrent que les frontières administratives ne constituent pas un obstacle majeur pour les opérateurs économiques lorsque les différentiels de prix créent des opportunités commerciales.
La prédominance des échanges non déclarés constitue un défi majeur pour les gouvernements de la région. Une meilleure connaissance des flux permettrait d’améliorer les politiques de stockage, de renforcer les infrastructures logistiques et d’anticiper plus efficacement les tensions sur les marchés. Au-delà des statistiques, l’enjeu est celui de la consolidation du marché commun ouest-africain. La multiplication des interdictions d’exportation, souvent décidées dans l’urgence face aux crises alimentaires, fragilise les mécanismes d’intégration économique portés par la CEDEAO. À l’inverse, une circulation plus fluide des céréales contribuerait à stabiliser les prix, à sécuriser les revenus des producteurs et à renforcer la résilience alimentaire d’une région où les besoins continuent de croître sous l’effet de la démographie et des aléas climatiques.



