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BVMAC : Les obligations captent près de 97 % des revenus versés aux investisseurs en 2025

Le marché financier de l’Afrique centrale a offert des performances très différentes selon la nature des titres. En 2025, les actionnaires ont bénéficié d’une amélioration des dividendes et d’un regain d’activité sur le compartiment actions. Mais ce sont les détenteurs d’obligations qui ont largement dominé en matière de revenus perçus, avec plus de 99 milliards de FCFA de coupons distribués.

Les investisseurs présents sur la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) ont perçu environ 102,8 milliards de FCFA au titre des revenus distribués en 2025. L’immense majorité de cette somme provient des obligations. Les porteurs de titres de dette ont encaissé 99,405 milliards de FCFA de coupons, contre près de 77,2 milliards un an plus tôt. La progression atteint ainsi 28,73 %. À l’opposé, les actionnaires des six entreprises cotées se sont partagé 3,415 milliards de FCFA de dividendes, soit une hausse de 20,63 % sur un an.

L’écart reste considérable : les coupons obligataires représentent près de 29 fois les dividendes distribués. Pour plusieurs analystes du marché, cette configuration traduit moins une faiblesse intrinsèque des actions qu’une caractéristique structurelle du marché financier régional, encore fortement orienté vers le financement par endettement. « Le niveau des coupons montre surtout que l’obligataire demeure le principal canal de mobilisation de l’épargne sur la place régionale », analyse un économiste spécialisé dans les marchés financiers. Selon lui, la comparaison entre coupons et dividendes doit toutefois être nuancée : le coupon constitue une rémunération contractuelle de la dette, alors que le dividende dépend de la décision de distribution et des résultats de l’entreprise.

Des revenus en hausse dans un marché obligataire moins actif

Paradoxalement, l’amélioration des revenus distribués intervient alors que plusieurs indicateurs du marché obligataire se sont dégradés. L’encours des obligations cotées a diminué de 12,44 %, passant de 1 490,8 milliards de FCFA en 2024 à 1 305,3 milliards à fin 2025. Les échanges ont également ralenti. Le nombre de titres négociés s’est établi à environ 1,47 million, en baisse de 21,80 %. La valeur des transactions a, elle, chuté de 24,16 %, à 12,815 milliards de FCFA.

Cette situation peut sembler contradictoire, mais elle s’explique par la différence entre stock de titres, activité de marché et revenus financiers. « Un recul de l’encours ou des transactions ne signifie pas automatiquement une diminution des intérêts versés », explique un cadre économique. Les coupons correspondent en effet aux conditions fixées lors de l’émission des obligations et continuent d’être versés tant que les titres restent en circulation. La baisse de l’encours serait notamment liée à l’amortissement progressif de plusieurs emprunts souverains et à un rythme moins élevé de nouvelles émissions. Le marché secondaire peut donc perdre en volume tout en continuant à générer des revenus importants pour les investisseurs.

Les actions montrent des signes de réveil

Le tableau est sensiblement différent sur le compartiment actions. Avec toujours six sociétés cotées, la BVMAC a enregistré en 2025 une amélioration de plusieurs indicateurs. La capitalisation boursière globale a atteint 477,7 milliards de FCFA, contre 442,6 milliards en 2024, soit une progression de 7,94 %. La capitalisation flottante a également augmenté de 8,23 %, à 69,6 milliards de FCFA. Surtout, les échanges se sont accélérés. Le nombre de titres négociés a bondi de 51,10 %, tandis que la valeur des transactions a progressé de 18,92 %, pour atteindre 740 millions de FCFA. Le nombre de transactions a, pour sa part, augmenté de près de 66 %, à 594 opérations. Cette évolution constitue « un signal encourageant, mais encore insuffisant pour parler d’un marché actions véritablement liquide ». La faible profondeur du compartiment demeure en effet un enjeu majeur pour attirer davantage d’épargnants institutionnels et individuels.

Un marché encore dominé par la dette

Les résultats de 2025 dessinent ainsi deux trajectoires. D’un côté, le compartiment actions gagne en capitalisation et en animation. De l’autre, le marché obligataire conserve une place prépondérante dans la rémunération des investisseurs, malgré le recul de son activité. Le véritable défi consiste désormais à élargir et diversifier le marché régional. Une progression durable des introductions en Bourse, une augmentation du flottant et une meilleure liquidité pourraient permettre aux actions de jouer un rôle plus important dans le financement des entreprises.

La BVMAC affiche par ailleurs une progression de 5,82 % de son chiffre d’affaires, à 927 millions de FCFA, tandis que son total bilan atteint 8,113 milliards de FCFA, en hausse de 10,88 %. L’exercice 2025 apparaît donc comme une année de transition : les obligations restent le moteur des revenus des investisseurs, mais les actions commencent à retrouver de la vigueur. Le défi pour la place financière sera désormais de transformer cette embellie du compartiment actions en une dynamique durable, capable de réduire progressivement la forte dépendance du marché régional aux titres de dette.

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