Gazoduc Africain Atlantique : Le financement du projet de 26 milliards de dollars entre dans une phase décisive
Après la signature de l’accord intergouvernemental par les États de la CEDEAO, le Gazoduc Africain Atlantique franchit une nouvelle étape avec l’ouverture des discussions financières auprès de grands bailleurs internationaux. Au-delà de son ambition énergétique, cette infrastructure est présentée comme un levier d’intégration économique pour l’Afrique de l’Ouest, même si son financement et sa réalisation restent confrontés à d’importants défis.

Le projet de Gazoduc Africain Atlantique poursuit sa montée en puissance. Les autorités marocaines ont engagé des échanges avec l’Export-Import Bank des États-Unis (US EXIM Bank) ainsi qu’avec la Banque mondiale afin d’examiner les modalités de financement de cette infrastructure estimée à 26 milliards de dollars. Cette démarche intervient quelques jours seulement après l’adoption, le 19 juillet à Freetown, de l’accord intergouvernemental signé par les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce texte confère au projet une base juridique commune et marque son évolution d’une coopération entre le Maroc et le Nigeria vers une initiative régionale associant plusieurs pays de la façade atlantique. Pour les investisseurs, cette avancée institutionnelle constitue une condition essentielle avant tout engagement financier d’envergure.
Développé conjointement par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC), le gazoduc doit s’étendre sur près de 6 800 kilomètres. Son tracé reliera treize pays d’Afrique de l’Ouest avant de rejoindre le réseau gazier marocain. L’ouvrage est conçu pour transporter jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. Les promoteurs envisagent une construction progressive. Les premiers travaux concerneraient les segments reliant le Maroc aux ressources gazières de la Mauritanie et du Sénégal, avant le développement des tronçons situés entre la Côte d’Ivoire, le Ghana et, dans une dernière phase, le Nigeria, principal fournisseur du futur corridor énergétique. Selon le calendrier présenté par les responsables du projet, les travaux pourraient débuter en 2028 pour une première mise en exploitation à partir de 2031.
Au-delà de l’exportation de gaz vers l’Europe, les promoteurs mettent en avant les retombées attendues pour les économies ouest-africaines. L’objectif consiste à créer un véritable marché régional du gaz capable d’approvisionner les centrales électriques, de soutenir l’industrialisation et de réduire les déficits énergétiques qui freinent encore la compétitivité de plusieurs pays. Cette logique s’inscrit dans la volonté de renforcer les échanges énergétiques au sein de la CEDEAO, alors que les infrastructures existantes demeurent limitées. La diversification des points d’approvisionnement et l’interconnexion des réseaux devraient, à terme, améliorer la sécurité énergétique de la sous-région. D’un point de vue économique, le caractère multinational du projet constitue également un argument destiné à rassurer les partenaires financiers. En répartissant les débouchés sur treize économies, les porteurs du projet estiment réduire les risques commerciaux liés à la dépendance envers un seul marché ou un seul producteur.
Malgré son potentiel, le Gazoduc Africain Atlantique continue de susciter des réserves chez plusieurs spécialistes. La coordination entre treize États, chacun disposant de priorités politiques, réglementaires et budgétaires différentes, représente un défi majeur pour la gouvernance du projet et le respect du calendrier. À ces contraintes institutionnelles s’ajoute l’évolution du marché mondial de l’énergie. Si la récente remontée des prix du gaz en Europe améliore temporairement les perspectives de rentabilité, les politiques de décarbonation engagées par l’Union européenne pourraient réduire progressivement la demande en combustibles fossiles au cours des prochaines décennies. Les prochaines étapes porteront sur la création de la société de projet basée à Casablanca, l’installation de l’organe de gouvernance à Abuja ainsi que la conclusion d’accords complémentaires avec le Maroc et la Mauritanie. Ces jalons seront déterminants pour convaincre les bailleurs internationaux de participer au financement de l’un des plus ambitieux projets énergétiques jamais envisagés en Afrique.



